Québec solidaire (QS) a annoncé mardi qu’il ne maintiendrait pas l’objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 55 % en 2030 par rapport aux niveaux de 1990, une cible qui figurait parmi les ambitions affichées du parti. La cheffe parlementaire Ruba Ghazal a confirmé ce recul sans préciser le nouvel objectif chiffré que visera désormais la formation.
Un ajustement motivé par le contexte politique
Face à l’échéance d’une nouvelle campagne électorale, QS explique ce réajustement par la situation héritée des gouvernements précédents. Selon Ruba Ghazal, l’« inaction » de la Coalition avenir Québec (CAQ) a compromis les marges de manœuvre du parti et l’empêche d’arriver au pouvoir avec les mêmes ambitions qu’en 2022.
« On va proposer le plan de transition et le plan énergétique le plus ambitieux de tous les partis politiques. J’en suis convaincue. Mais, malheureusement, on doit partir avec les dégâts qui ont été faits par la CAQ. […] Leur inaction a fait en sorte qu’on se retrouve dans une situation où on ne peut pas arriver avec les cibles qu’on s’était fixées en 2022 »
Malgré ce constat, la cheffe parlementaire assure que QS présentera néanmoins « le plan de transition le plus ambitieux, chiffré, avec des mesures environnementales ». Le parti maintient l’objectif d’un programme structuré autour d’un plan énergétique et d’une transition qui seront, selon elle, mesurés et budgétisés.
Une priorité environnementale singularisée
Lors de la présentation de ses neuf chantiers prioritaires à mener durant les cent premiers jours en cas d’arrivée au pouvoir, Québec solidaire n’accorde qu’une seule action explicitement dédiée à l’environnement : utiliser tous les leviers disponibles pour bloquer les projets de pipelines et de gazoducs sur le territoire québécois. Les autres mesures prioritaires concernent des axes sociaux et économiques — création d’un ministère des Femmes et de l’Égalité des genres, plafonnement de la hausse des loyers au niveau de l’inflation, abolition de l’obligation de retour au bureau pour certains fonctionnaires — reflétant un recentrage tactique des priorités gouvernementales immédiates.
- Ancienne cible : réduction des GES de 55 % en 2030 (référence 1990).
- Position votée en mai : viser 37,5 % en 2030 et « idéalement » 45 % (délégués du parti).
- Décision actuelle : renoncer à la cible de 55 % ; nouvel objectif non précisé publiquement.
En mai, les délégués de QS avaient adopté une résolution visant une baisse de 37,5 % des émissions d’ici 2030 — avec une ambition « idéale » de 45 %. La communication de mardi confirme un glissement supplémentaire par rapport à l’objectif initial le plus audacieux, sans pour autant fermer la porte à des engagements forts dans le domaine de la transition énergétique.
Transport en commun : axe central du plan
La cheffe parlementaire a par ailleurs indiqué que le « fer de lance » du plan de transition serait le développement du transport en commun. Cette option traduit la volonté de prioriser des mesures à impact tangible et mesurable à court terme, susceptibles de convaincre des électeurs préoccupés tant par l’urgence climatique que par des enjeux de mobilité et d’équité.
Ce repositionnement illustre la tension classique en politique entre ambition normative et contraintes opérationnelles : QS conserve l’ambition d’être force de proposition en matière climatique, tout en adaptant ses cibles et son cadrage pour rendre son discours électoral compatible avec l’état des lieux jugé préoccupant laissé par l’administration sortante.
| Élément | Position affichée |
|---|---|
| Objectif 2030 (initial) | −55 % (par rapport à 1990) |
| Position des délégués (mai) | −37,5 % (idéalement −45 %) |
| Position annoncée (mardi) | Abandon de −55 % ; nouvel objectif non précisé |
La modification laisse ouvertes plusieurs questions : quel niveau chiffré précis QS adoptera enfin ? Comment le parti articulera-t-il ses engagements environnementaux avec ses priorités sociales annoncées ? Et surtout, comment ce repositionnement influencera‑t‑il le débat entre les formations politiques en lice lors de la prochaine campagne ?
Réponse probable : la stratégie de QS consistera à présenter un plan chiffré et financé, axé sur des mesures concrètes comme le renforcement du transport en commun, tout en veillant à convaincre un électorat sensible tant aux enjeux climatiques qu’aux préoccupations sociales immédiates.