Le gouvernement du Québec a annoncé en juillet qu’une enveloppe de 38 millions $, jusqu’ici réservée à l’achat de livres par les centres de services scolaires, serait intégrée à une « grande enveloppe » budgétaire couvrant plusieurs volets (activités sportives, sorties scolaires, etc.). La mesure, révélée à quelques semaines d’une élection provinciale, a été vivement critiquée par des libraires, des acteurs culturels et des formations politiques de l’opposition, qui y voient un risque pour l’accès des enfants aux livres québécois.
Un changement présenté comme une plus grande flexibilité
Le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, défend la réforme en insistant sur la latitude accrue laissée aux gestionnaires scolaires pour répartir les budgets selon leurs priorités locales. Dans un communiqué, le cabinet affirme que tous les montants dédiés aux différentes activités — lecture, culture, sport — sont maintenus, et que les directions doivent rendre des comptes quant à leur utilisation.
«Il n’est pas question d’opposer les sommes consacrées à l’achat de livres, aux sorties culturelles ou encore aux activités sportives: tous les budgets sont maintenus.»
Aux yeux du gouvernement, cette réforme doit permettre aux écoles d’adapter leurs dépenses aux besoins réels des élèves. Mais cette lecture n’a pas convaincu les oppositions et certains professionnels du livre.
Une critique vivement portée par l’opposition
La responsable de l’éducation pour Québec solidaire, Alejandra Zaga Mendez, a dénoncé publiquement la décision et réclamé son annulation. Elle estime que la disparition d’une enveloppe dédiée remet en cause la capacité des écoles publiques à s’approvisionner spécifiquement en ouvrages québécois.
De son côté, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard, a saisi l’occasion de la journée «J’achète un livre québécois» (12 août) pour annoncer qu’un futur gouvernement libéral ferait de la lecture une priorité nationale, prenant ainsi position sur un thème susceptible de mobiliser électeurs et milieux culturels.
Les acteurs du livre et le terrain s’inquiètent
Plusieurs libraires et organismes culturels ont profité de la journée du 12 août pour alerter l’opinion publique : pour eux, l’achat de livres destinés aux enfants favorise non seulement l’accès à la culture locale, mais aussi le développement du goût de la lecture. La crainte est que, dans la nouvelle configuration budgétaire, les achats d’ouvrages soient relégués au second plan face à d’autres dépenses immédiates.
- 38 millions $ : montant précédemment réservé à l’achat de livres
- Mesure : fusion de cette enveloppe dans une enveloppe budgétaire plus large
- Réactions : critiques d’opposition et mobilisation du milieu du livre
| Élément | Situation antérieure | Nouvelle disposition |
|---|---|---|
| Montant dédié | 38 millions $ affectés spécifiquement à l’achat de livres | Intégration au sein d’une large enveloppe budgétaire |
Le débat s’inscrit dans un calendrier électoral tendu : à quelques semaines du vote, les symboles et engagements sur l’éducation et la culture prennent une valeur politique accrue. Pour les partis d’opposition, il s’agit d’un angle d’attaque visant à mettre en cause la priorité donnée par la Coalition avenir Québec aux mesures qu’elle juge plus consensuelles ou administratives que culturelles.
Pour les milieux concernés, la question dépasse la simple réorganisation comptable : il est ici question de garantir que chaque élève ait accès à un choix suffisant d’ouvrages, notamment d’origine québécoise, et que les librairies locales puissent continuer à fournir les écoles. Jusqu’à présent, la communication gouvernementale promet que les sommes seront disponibles; reste à voir, dans les faits, comment les centres de services scolaires arbitreront leurs dépenses et si la lecture conservera une place forte dans les priorités pédagogiques.
À court terme, la polémique risque d’alimenter la rhétorique de campagne. À moyen terme, elle pose une question simple mais essentielle : l’effacement d’un budget ciblé change-t-il les pratiques sur le terrain, ou s’agit-il d’une réorganisation administrative sans conséquence pratique ? Les prochaines semaines, et les choix des gestionnaires scolaires, apporteront des éléments de réponse.