Les partis politiques du Québec ont opposé leurs visions sur la place de la prévention dans les dépenses de santé lors d’un débat organisé par l’Association pour la santé publique du Québec à l’Université du Québec à Montréal. Au cœur des échanges : la part du budget de la santé qui devrait être consacrée à la prévention et à la santé publique, ainsi que les priorités d’investissement dans les services de première ligne.
Chiffres et propositions en présence
Actuellement, la santé publique représente environ 2 % du budget santé provincial, a rappelé Sonia Bélanger, candidate de la Coalition avenir Québec (CAQ) et ministre sortante de la Santé. Le Parti libéral du Québec (PLQ) propose de porter cette part à 5 %, un objectif jugé « ambitieux » par ses auteurs. Le Parti québécois, pour sa part, avance une enveloppe supplémentaire ciblée : 550 millions de dollars sur quatre ans pour la santé publique et la prévention.
| Acteur | Proposition |
|---|---|
| Situation actuelle | ~2 % du budget santé |
| Parti libéral (PLQ) | Augmenter à 5 % |
| Parti québécois (PQ) | +550 M$ sur 4 ans pour santé publique et prévention |
Priorités et arbitrages
La question posée par la CAQ et sa candidate a été celle des vases communicants budgétaires. « L’argent ne pousse pas dans les arbres », a martelé Sonia Bélanger à plusieurs reprises, insistant sur la nécessité d’équilibrer le renforcement de la prévention avec des investissements dans les services de première ligne, comme les CLSC, et le soutien à domicile.
« L’argent ne pousse pas dans les arbres. »
Le PLQ, représenté par Monsef Derraji, a plaidé pour un changement de paradigme en faisant de la prévention une priorité nationale, estimant que sans moyens supplémentaires significatifs, les politiques resteront insuffisantes. Le modérateur a rappelé les coupes passées en santé publique imputées à d’anciens gouvernements, un argument renvoyé par M. Derraji vers la nécessité de se projeter « pour le futur » plutôt que de s’attarder au passé.
Au-delà des pourcentages : facteurs sociaux et itinérance
Les débats ont également abordé les déterminants sociaux de la santé. La candidate péquiste Camille Pellerin-Forget a souligné l’importance d’agir sur des facteurs comme le logement. Elle a rappelé l’engagement de son parti et de son chef à faire de la lutte contre l’itinérance un chantier prioritaire, considérant que la prévention ne peut être efficace sans réponses sur ces leviers sociaux.
Enfin, Québec solidaire a insisté, par la voix de son représentant présent au débat, sur une approche globale liant santé publique, logement et services communautaires, sans pour autant chiffrer précisément ses engagements lors de cette séance.
Conséquences et enjeux pour le système
- Renforcer la prévention implique des choix budgétaires clairs : augmenter la part consacrée à la santé publique nécessite soit des crédits supplémentaires, soit des redéploiements au sein du budget santé.
- Services de première ligne et soutien à domicile font l’objet d’appels concurrents pour des investissements, les partis insistant sur l’importance de maintenir l’accès et la continuité des soins.
- Déterminants sociaux (logement, itinérance) sont réaffirmés comme essentiels pour obtenir des gains durables en santé publique.
Le débat met en lumière un dilemme classique en santé publique : l’arbitrage entre prévention à long terme et besoins immédiats du système de soins. Les propositions chiffrées offrent des points de comparaison, mais leur mise en œuvre dépendra de décisions budgétaires et de priorités politiques qui seront précisées au cours de la campagne électorale et, le cas échéant, par le prochain gouvernement.
Les acteurs de santé publique présents à l’événement et les responsables politiques devront désormais traduire ces intentions en mesures opérationnelles et en financements pérennes si l’on veut transformer ces engagements en résultats mesurables pour la population.