Un entrepreneur de travaux agricoles de la Vienne affirme réaliser, selon les parcelles et les campagnes, entre 30 et 70 % d’économies d’herbicides foliaires de post‑levée sur maïs grâce à la pulvérisation ultralocalisée I‑Spray. Ce système, installé en 2024 sur l’automoteur Kuhn Artec de son ETA, combine caméras hyperspectrales et buses pilotées individuuellement afin de cibler chaque adventice.
Détection « buse par buse » et modulation fine
L’ETA Crop Agro Tech, basée à Availles‑en‑Châtellerault, exploite aujourd’hui le dispositif sur une surface d’environ 1 200 hectares de maïs pour le compte de ses clients. Contrairement à une pulvérisation classique en plein, l’I‑Spray détecte les adventices « vert sur marron » et aussi « vert sur vert », c’est‑à‑dire même lorsque la culture est en place.
La rampe est équipée de 11 caméras — cinq à droite, cinq à gauche et une au centre — dont les champs de couverture se recoupent afin d’éviter toute zone non couverte. Chaque caméra commande les buses de sa zone, déclenchées individuellement par des porte‑buses Dynajet dotés de la technologie PWM (Pulse Width Modulation). Cette modulation de durée d’ouverture permet de maintenir une taille de goutte constante malgré les variations de vitesse, un élément crucial pour garantir la qualité de l’application ciblée.
« Mon objectif est d’aller toujours plus loin dans les économies d’intrants, mais aussi de réduire les risques pour l’environnement. »
Conséquences économiques et environnementales
Pour un entrepreneur de travaux agricoles, la baisse de consommation d’herbicides se traduit directement par une pression financière allégée sur le poste « intrants », souvent l’un des plus lourds dans le bilan des exploitations. Moins de produit appliqué signifie aussi moins de remplissages et de manutention, donc moins de temps mort et potentiellement des coûts de main‑d’œuvre et de logistique diminués.
Sur le plan environnemental, la technologie promet une réduction de la quantité de substances actives déversées dans les parcelles, avec un intérêt pour les objectifs de réduction des pesticides portés par les politiques publiques en Europe. Le ciblage précis limite également l’exposition de la culture et des zones non visées.
Technique et limites
Le dispositif I‑Spray repose sur l’association d’algorithmes de détection et de buses à modulation rapide. Les caméras couvrent chacune 3 mètres de part et d’autre et devant la rampe ; leurs faisceaux se croisent pour assurer une couverture continue.
| Élément | Donnée |
|---|---|
| Surface traitée par l’ETA | 1 200 ha |
| Année d’installation | 2024 |
| Nombre de caméras | 11 (5 droite, 5 gauche, 1 centre) |
| Couverture par caméra | 3 m (de chaque côté et devant) |
| Économies annoncées | 30–70 % d’herbicides foliaires |
Cependant, l’adoption de telles technologies nécessite un investissement initial et une maintenance adaptés. La performance dépend aussi des conditions de sol, de l’état de la culture et de la capacité des capteurs à distinguer adventices et culture dans des phases végétatives denses. L’opérationnalité sur d’autres cultures, ou en conditions belges plus humides, demanderait des évaluations locales.
Implications pour les exploitants belges
Pour les agriculteurs et ETA en Belgique, l’exemple français illustre une voie possible vers la maîtrise des coûts d’intrants et une meilleure conformité aux objectifs de réduction des pesticides. Les premières questions pratico‑financières à trancher sont :
- le coût d’acquisition et de calibration des systèmes par rapport aux économies réalisées ;
- l’adaptabilité du matériel aux pratiques locales et aux différentes cultures ;
- la formation des conducteurs et l’intégration des données dans la gestion de parcelles.
À défaut d’essais belges suffisamment nombreux, les exploitants qui envisagent ce type d’investissement devront rester prudents : si la promesse d’économies de 30 à 70 % est porteuse, elle dépend fortement du contexte agronomique et de la qualité de détection en conditions réelles de culture.
La démonstration menée par l’ETA dans la Vienne confirme néanmoins que la pulvérisation ultralocalisée est désormais une option technologique mature, susceptible de modifier les comptes d’exploitation et de réduire l’empreinte chimique des traitements sur le maïs.