La maladie rénale chronique (MRC) touche près d’une femme sur dix dans le monde, mais son diagnostic et sa prise en charge demeurent insuffisants chez les patientes, alerte l’American Heart Association (AHA) dans une déclaration scientifique publiée le 17 septembre dans la revue Circulation. L’organisation appelle à une meilleure intégration des spécificités biologiques, reproductives et socioculturelles propres aux femmes dans les stratégies de prévention, de dépistage, de traitement et dans les essais cliniques.
Des différences biologiques et sociales mal prises en compte
Les auteures et auteurs de la déclaration soulignent que les outils diagnostiques et les études cliniques ont souvent été conçus sans tenir pleinement compte de la biologie féminine. Cela conduit, selon l’AHA, à des retards de diagnostic et à des inégalités d’accès aux traitements lourds comme la dialyse et la transplantation.
« De nombreux cas ne sont pas diagnostiqués chez les femmes parce que les examens couramment utilisés et les travaux de recherche ne tiennent pas toujours compte de leur biologie et des différentes étapes de leur vie », déclare la Dre Eman Y. Gohar, présidente bénévole du groupe de rédaction.
La déclaration met en exergue plusieurs facteurs spécifiques aux femmes susceptibles d’influencer l’évolution de la maladie rénale : génétique, hormones, réponses immunitaires, mais aussi événements de vie tels que la grossesse, le post‑partum ou la ménopause. S’y ajoutent des déterminants socio‑économiques — barrières financières, rôles familiaux ou attentes culturelles — qui peuvent limiter l’accès aux soins spécialisés.
Conséquences cliniques et recommandations
Parmi les constats avancés par l’AHA :
- les femmes sont plus souvent sous‑diagnostiquées pour la MRC ;
- elles sont moins susceptibles d’être orientées précocement vers un néphrologue ;
- elles reçoivent moins fréquemment une dialyse ou une greffe rénale que les hommes à niveau équivalent de maladie.
L’organisation formule des recommandations visant à corriger ces dérives : inclure davantage de femmes dans les essais cliniques, adapter les critères diagnostiques et thérapeutiques aux particularités féminines, et renforcer la sensibilisation des professionnels de santé aux risques et manifestations spécifiques chez les femmes.
| Point | Constat |
|---|---|
| Prévalence mondiale | ~1 femme sur 10 présente une MRC |
| Accès aux greffes | Les hommes bénéficient plus souvent d’une transplantation (écart mondial signalé) |
Implications pour la Belgique
Si la déclaration émane d’une organisation américaine, ses conclusions interpellent les autorités et les professionnels belges. En Belgique, où les politiques de prévention et de dépistage reposent sur des recommandations nationales et les systèmes de prise en charge régionaux, intégrer la dimension de genre dans les outils cliniques et les programmes de recherche pourrait réduire des inégalités observées ailleurs et améliorer les parcours de soins.
Concrètement, cela signifie :
- réviser les critères d’évaluation de la fonction rénale pour vérifier leur pertinence selon le sexe ;
- encourager la participation des femmes aux essais cliniques néphrologiques menés en Belgique ;
- former les médecins généralistes et les néphrologues aux complications liées à la grossesse et à la ménopause chez les patientes atteintes de MRC.
Les autorités sanitaires (Région wallonne, Région flamande, Région bruxelloise et institutions fédérales compétentes) devront apprécier si des adaptations réglementaires ou des campagnes de sensibilisation sont nécessaires.
En résumé, l’AHA appelle à une prise en compte explicite du sexe et du genre dans la prévention, le diagnostic, la recherche et le traitement de la maladie rénale chronique. Pour les cliniciens et décideurs belges, cette mise en garde est une invitation à vérifier que les pratiques locales n’entretiennent pas, par inadvertance, des inégalités entre les patientes et les patients.