Le gouvernement libanais a adopté le 15 juillet une refonte profonde des curriculums scolaires, sanctionnée par le décret n° 3445. Parmi les changements les plus contestés figure la réorganisation des enseignements du primaire : les cours d’histoire seront désormais intégrés aux sciences sociales et humaines — regroupant géographie, sociologie, économie et administration dans un seul manuel. Cette décision a suscité l’indignation d’une partie du monde académique et des historiens, qui estiment que la discipline risque d’être diluée et que la mémoire nationale pourrait en souffrir.
Un basculement méthodologique et structurel
Le texte officiel opère également un changement de méthode pédagogique : l’approche par compétences est désormais privilégiée, au détriment de l’approche par objectifs qui prévalait jusque-là. Par ailleurs, les cycles scolaires sont remaniés : ils sont ramenés à deux ans au lieu de trois, toujours selon le décret.
Ces orientations modifient non seulement l’architecture des programmes, mais aussi la façon dont les savoirs seront présentés dans les manuels et potentiellement évalués. Les opposants craignent que la mise en commun de plusieurs disciplines au sein d’un même manuel réduise l’espace consacré à l’histoire et rende plus difficile la transmission d’une chronologie solide ou d’une culture historique nationale partagée.
- Adoption : 15 juillet, par le gouvernement (décret n° 3445).
- Transformation pédagogique : passage d’une approche par objectifs à une approche par compétences.
- Organisation des cycles : cycles de deux ans remplacent des cycles de trois ans.
- Regroupement disciplinaire : histoire intégrée aux sciences sociales et humaines (géographie, sociologie, économie, administration) dans un manuel unique.
Pourquoi les historiens s’alarment
Les critiques formulées par des historiens, relayées par la presse et les cercles académiques, reposent sur plusieurs inquiétudes : la réduction du volume horaire dédié, la perte de linéarité dans l’enseignement de l’histoire, et la possible relativisation des récits nationaux lorsque la matière est traitée conjointement avec des disciplines aux objets et méthodes différents.
Sans contester l’intérêt d’une approche transversale et des compétences mobilisables, ces voix mettent en garde contre un risque de « dilution » où l’histoire perdrait son statut de discipline structurante pour la mémoire collective. Elles soulignent aussi les enjeux liés à la formation des enseignant·e·s et à la rédaction des nouveaux manuels, qui détermineront en pratique la place accordée à chaque discipline.
| Élément | Avant | Après (décret n° 3445) |
|---|---|---|
| Approche pédagogique | Par objectifs | Par compétences |
| Durée des cycles | 3 ans | 2 ans |
| Statut de l’histoire au primaire | Discipline distincte | Intégrée aux sciences sociales et humaines |
Conséquences pratiques et questions ouvertes
La mise en œuvre effective de la réforme pose des défis concrets. La conception et la diffusion des nouveaux manuels, la formation continue des enseignant·e·s, et les modalités d’évaluation centrées sur des compétences transversales exigent des moyens et du temps. Les opposants à la réforme demandent des garanties sur la sauvegarde d’un enseignement historique rigoureux et sur le volume horaire qui lui sera effectivement consacré dans les nouvelles maquettes.
Du côté des autorités éducatives, la logique affichée est d’adapter l’école à des exigences contemporaines en développant des compétences pratiques chez les élèves. Mais la controverse montre que la question de la transmission de la mémoire demeure sensible et politicisée au Liban, pays marqué par une histoire récente complexe et des mémoires plurales.
La suite dépendra de la manière dont seront élaborés les outils pédagogiques et de la réaction des corps académiques et des professionnels de l’enseignement. Si le texte est désormais publié, son application concrète sera l’arbitre ultime sur l’équilibre trouvé entre approche par compétences et besoin de préserver un enseignement historique structuré.