Le gouvernement vietnamien envisage de réviser en profondeur le mécanisme de responsabilité élargie des producteurs (EPR) afin d’accroître la responsabilité directe des fabricants et importateurs concernant les produits et emballages après usage. L’objectif affiché est de lever les freins à la collecte et au recyclage et de soutenir le développement d’une économie circulaire plus efficiente.
Vers la fin des seules contributions financières
Actuellement, le cadre vietnamien prévoit des dispositifs permettant aux entreprises de s’acquitter de leur obligation via une contribution financière. La révision proposée vise à supprimer ce mécanisme et à imposer aux producteurs et importateurs d’organiser directement la collecte et le recyclage des produits usagés, ou de confier cette mission à des opérateurs disposant des capacités nécessaires.
Selon le document source, l’EPR n’est pas considéré comme une simple mesure fiscale mais comme un levier pour amener les entreprises à repenser la conception des produits, le choix des matériaux et leurs investissements dans des solutions de collecte et de recyclage.
« L’EPR ne devrait pas être considéré comme une simple obligation financière. Le mécanisme doit surtout encourager les entreprises à revoir la conception de leurs produits, le choix des matériaux, l’organisation de la collecte et du recyclage, ainsi que leurs investissements dans des solutions relevant de l’ »
La citation, attribuée à Tang Thê Cuong, directeur du Département de l’environnement du ministère de l’Agriculture et de l’Environnement, met en lumière l’ambition de faire évoluer l’EPR vers un outil d’orientation industrielle, au-delà d’un simple prélèvement destiné à financer le traitement des déchets.
Conséquences pour le marché du recyclage
Le Vietnam, qui a déjà amorcé la mise en place d’un cadre pour l’EPR, cherche à corriger ses faiblesses pour rendre le système plus efficace et transparent. Les changements proposés visent notamment à :
- stimuler la collecte sélective et la qualité des flux pour alimenter les filières de recyclage ;
- renforcer les incitations à la conception de produits plus recyclables ou réutilisables ;
- dynamiser le marché local du recyclage en clarifiant les responsabilités des acteurs privés.
Sur le terrain, les usines de recyclage modernes, comme celle citée du groupe Duy Tân dans la province de Tây Ninh, sont présentées comme des exemples de la contribution de la filière au redressement environnemental et à l’essor de l’économie circulaire. La réforme vise à étendre ce type d’initiatives en garantissant des flux de matières premières secondaires plus réguliers et valorisables.
Quels enjeux pour les entreprises et les consommateurs ?
Pour les producteurs et importateurs, une obligation d’organiser la collecte et le recyclage suppose des coûts opérationnels et logistiques nouveaux (reprise au point de vente, réseaux de collecte, contrats avec des recycleurs). En contrepartie, ces entreprises pourraient réduire leurs risques réglementaires et renforcer leur contrôle sur les matières récupérées, favorisant l’intégration de matières recyclées dans de nouvelles productions.
Pour les ménages et les distributeurs, une mise en œuvre réussie dépendra de la structuration de la collecte et de la clarté des règles : qui reprend quoi, où et à quel coût ? La transition d’un paiement financier à une obligation opérationnelle pose la question de l’impact sur les prix finaux, mais la source ne fournit pas d’estimation chiffrée.
Réforme ciblée, mais défis persistants
La révision envisagée répond à une logique de transformation systémique : faire de l’EPR un instrument qui pousse les acteurs à modifier la conception des produits et à investir dans la chaîne de recyclage plutôt qu’à se limiter à payer pour externaliser la contrainte. Néanmoins, la réussite dépendra de la capacité des autorités à encadrer la mise en œuvre, à garantir la transparence des filières et à développer des opérateurs de collecte et de recyclage fiables.
| État actuel | Orientation proposée |
|---|---|
| Possibilité d’acquittement via une contribution financière | Obligation d’organiser directement la collecte et le recyclage ou délégation à des opérateurs |
| Cadre EPR en construction, juge fragile | Renforcement de la responsabilité directe et amélioration de la transparence |
Au-delà du cas vietnamien, cette réorientation illustre une tendance globale : de nombreux pays cherchent à rendre l’EPR plus prescriptif et orienté vers la circularité effective, en retirant la seule option financière et en responsabilisant davantage les chaînes de production. Pour les acteurs européens et belges impliqués dans les échanges avec le Vietnam, la réforme pourrait modifier les exigences logistiques et les critères de conformité pour les emballages et produits exportés ou importés.
Sans chiffrer l’impact, la décision de Hanoï signale une volonté politique de passer d’un simple mécanisme de compensation à un dispositif structurant pour la transition vers une économie circulaire.