En commission du parlement wallon lundi, le ministre-président Adrien Dolimont a posé une limite nette : la Région Wallonne n'a pas donné son accord pour prendre en charge une part des économies exigées au niveau fédéral. Interrogé sur les pistes évoquées à Bruxelles visant à dégager 10 milliards d'euros d'économies, le libéral wallon a rappelé la séparation des responsabilités budgétaires entre les niveaux de pouvoir et refusé qu'une décision fédérale se traduise automatiquement par une facture régionale.
Position ferme sur les contributions « inscrites »
Dans son intervention, Adrien Dolimont a notamment souligné l'exemple d'une somme de 500 millions d'euros inscrite à partir de 2028 dans la trajectoire budgétaire fédérale. Il a renvoyé aux conclusions de la Cour des comptes fédérale selon lesquelles aucun accord n'aurait été conclu avec les entités fédérées sur cette contribution. Pour lui, l'inscription d'une recette dans un tableau budgétaire fédéral ne constitue pas, en elle‑même, un engagement pris par la Région.
« A ce stade, la Wallonie n’a donné aucun accord à une contribution supplémentaire »
Le ministre-président a ajouté qu'il suivait « attentivement » les déclarations et les pistes de réflexion au niveau fédéral, mais a martelé : une décision fédérale ne peut pas devenir unilatéralement une facture régionale. La Wallonie, a‑t‑il précisé, demeure volontaire pour des discussions interfédérales — à condition qu'elles se déroulent « entre partenaires, sur la base de critères objectifs et transparents ».
Ce qui est en jeu
La remarque prend tout son sens dans le contexte actuel : le gouvernement fédéral cherche des pistes pour réduire son déficit et a évoqué l'hypothèse d'efforts équivalents à 10 milliards d'euros. Une traduction automatique de ces efforts en contributions des Régions et Communautés risquerait de bouleverser des trajectoires budgétaires qui ont elles‑mêmes été arrêtées au niveau régional.
Concrètement, la prise en charge d'une partie des économies fédérales par la Wallonie impliquerait :
- une redéfinition des transferts financiers entre niveaux de pouvoir ;
- un réexamen des priorités régionales (investissements, dépenses sociales, services) pour respecter la trajectoire arrêtée ;
- des négociations politiques entre le fédéral et les entités fédérées sur des critères et garanties.
Adrien Dolimont a rappelé que la Région wallonne s'est fixée un cap exigeant à l'horizon 2029 et travaille « à maîtriser durablement l'évolution de [ses] dépenses ». Dès lors, il a estimé « inacceptable » que les efforts wallons servent à résoudre, par un simple transfert, les difficultés budgétaires d'un autre niveau de pouvoir.
Un dialogue nécessaire mais encadré
La position wallonne ne ferme pas la porte au dialogue. Le ministre-président a toutefois fixé les conditions : toute discussion doit être menée « entre partenaires », reposer sur des éléments objectifs et transparents, et ne peut présumer d'engagements préalables. Autrement dit, la Wallonie veut éviter d'être mise devant le fait accompli par des décisions prises à Bruxelles et retranscrites mécaniquement dans les tableaux fédéraux.
La question des contributions interfédérales est appelée à revenir dans les prochains jours et semaines, dans un contexte où les arbitrages fédéraux resteront scrutés par les Régions et les Communautés. La nécessité d'un cadre clair de négociation interfédérale apparaît comme la condition minimale pour éviter des tensions accrues entre niveaux de pouvoir et pour préserver la soutenabilité des finances publiques à l'échelle du pays.
| Élément | Montant / échéance |
|---|---|
| Efforts fédéraux évoqués | 10 milliards € |
| Somme inscrite dans la trajectoire fédérale | 500 millions € à partir de 2028 |
| Horizon régional cité | 2029 |
La suite dépendra des marges de manœuvre du fédéral pour dégager des économies sans s'appuyer sur des transferts unilatéraux, et de la capacité des partenaires fédérés à trouver un terrain d'entente sur des critères partagés. Pour l'heure, la Wallonie pose un principe simple : la solidarité interfédérale ne peut être confondue avec unilatéralisme budgétaire.