La Côte d’Ivoire mise sur un accompagnement accru pour aider ses entreprises à franchir les obstacles qui limitent l’accès au marché européen, a souligné la nouvelle Chambre ivoirienne de commerce et d’industrie Côte d’Ivoire–Europe, créée il y a un an. Malgré l’attractivité d’un marché de quelque 400 millions de consommateurs, seules quelques entreprises parviennent aujourd’hui à s’implanter durablement en Europe en raison de contraintes techniques, commerciales et financières.
Des exemples concrets à Bruxelles
Parmi les réussites citées figure Yelen'Art, une marque ivoirienne de bijoux artisanaux haut de gamme qui est aujourd’hui présente à Bruxelles et à Paris, près de dix ans après sa création. Stéphanie Nabo-Lehou, fondatrice de la marque, explique que l’accès au marché européen s’est fait « à travers des représentations via des boutiques ou concept stores qui sont intéressés par promouvoir du made in Africa ». Selon elle, l’export, c’est « exporter une qualité de produit, exporter un savoir-faire » et viser, à terme, une reconnaissance comme marque de luxe.
Normes, qualité et régularité : le trépied des difficultés
Le reportage souligne que des produits ivoiriens comme la mangue séchée, la noix de cajou ou des dérivés du cacao trouvent déjà une place en Europe, mais que l’accès à ce marché exige le respect de normes strictes, des certifications et une qualité constante. Au-delà des contraintes techniques, la question de la régularité des approvisionnements est centrale : il ne suffit pas d’effectuer une opération ponctuelle, il faut pouvoir honorer des commandes récurrentes.
« Vous n’êtes pas producteur, vous êtes exportateur, vous avez donc besoin d’acheter les produits pour les expédier, et quelques fois il y a un problème de financement à l’exportation. Il y a le problème de régularité pour respecter les commandes », explique Mobio Marc Loba, conseiller technique à Côte d’Ivoire Export.
La nécessité d’un « mise à niveau » des entreprises ivoiriennes est également mise en avant : homogénéiser la qualité, sécuriser les processus d’approvisionnement et se conformer aux exigences documentaires et sanitaires imposées par les autorités européennes.
Des réponses organisationnelles et financières
Pour réduire ces barrières, la Chambre Côte d’Ivoire–Europe se focalise sur l’« accompagnement et la mise en relation avec des partenaires ». Concrètement, cela signifie orienter les exportateurs vers les bonnes certifications, faciliter les rencontres entre producteurs, transformateurs et importateurs européens, et soutenir les démarches commerciales sur place.
Le rapport met en évidence deux types de besoins principaux :
- Des solutions de financement adaptées à l’exportation, notamment pour permettre à l’exportateur d’acheter et de constituer des stocks avant l’expédition.
- Des dispositifs d’appui à la conformité et à l’amélioration continue de la qualité pour respecter des cahiers des charges exigeants.
| Obstacle | Conséquence | Mesure promue |
|---|---|---|
| Normes et certifications | Refus d’entrée sur le marché ou gains de parts limités | Accompagnement technique, mise en relation avec laboratoires et exportateurs |
| Accès au financement | Impossibilité d’acheter et d’expédier en volumes réguliers | Orientation vers instruments de financement à l’export |
| Régularité des approvisionnements | Perte de contrats et d’acheteurs | Renforcement des filières et planification des flux |
Les efforts de la Chambre interviennent dans un contexte où la structuration des filières et la professionnalisation des entreprises sont perçues comme déterminantes pour transformer l’intérêt européen pour des produits « made in Africa » en relations commerciales durables. Le rapport signale aussi que la campagne du cacao a des implications sur la disponibilité et la traçabilité des produits, au moment où des documents comme la carte du producteur deviennent obligatoires pour certaines filières.
Pour la Belgique, et notamment pour Bruxelles qui accueille des distributeurs et des concept stores sensibles aux offres africaines, ces dynamiques ouvrent des opportunités : davantage d’importations diversifiées, mais aussi la nécessité d’un dialogue renforcé entre acteurs privés et institutions pour faciliter l’entrée sur le marché, garantir la conformité et soutenir des échanges pérennes.
La réussite d’initiatives comme Yelen'Art montre qu’un positionnement qualitatif, associé à un accompagnement ciblé, permet de franchir les premiers obstacles. Reste à généraliser ces success stories afin que davantage d’entreprises ivoiriennes puissent convertir l’attraction du marché européen en relations commerciales régulières et durables.