L'arrivée rapide de l'intelligence artificielle dans les entreprises et la recherche influence déjà les trajectoires scolaires : une enquête conduite en octobre 2025 auprès de 3 801 étudiants américains indique que 47 % d'entre eux ont sérieusement envisagé de modifier leur orientation à cause des effets potentiels de l'IA sur l'emploi ; 16 % ont d'ores et déjà changé de filière pour cette raison. Ces chiffres, bien que étrangers, résonnent en Belgique où conseillers et centres d'information observent des interrogations similaires, sans pour autant constater un exode massif d'étudiants d'un domaine vers un autre.
Des inquiétudes qui influencent certaines décisions
Sur le terrain bruxellois, le Pôle académique de Bruxelles — l'ASBL qui accompagne les 44 établissements d'enseignement supérieur francophones de la capitale — rapporte des cas concrets où l'appréhension liée à l'IA a orienté les choix d'une partie des jeunes. Une conseillère en orientation a confirmé que l'impact présumé de l'IA a constitué un motif d'élimination de certaines options professionnelles lors d'un accompagnement individuel.
« L'influence de l'intelligence artificielle était effectivement un critère d'exclusion de certains métiers pour une jeune fille que j'ai accompagnée cette année »
À Louvain-la-Neuve, le Centre d'information et d'orientation (CIO) rattaché à l'UCLouvain évoque des préoccupations qui se sont accrues depuis environ dix-huit mois. Mais, nuance ce responsable, ces craintes n'entraînent pas encore de choix collectifs radicalement différents : les filières historiquement attractives conservent une large part d'attraction.
Pas de bascule généralisée, mais des signaux à capter
Les experts belges consultés soulignent deux constantes : premièrement, l'IA émerge comme un élément nouveau dans le raisonnement des jeunes ; deuxièmement, il persiste une confiance relative dans la valeur de certains diplômes. Autrement dit, l'IA entre désormais dans la balance, sans pour autant la faire pencher définitivement dans un sens unique.
- Cas observés : des étudiants qui excluent des métiers perçus comme « à risque » face à l'automatisation.
- Situation générale : pas d'augmentation massive d'abandons ou de réorientations vers une filière spécifique en Belgique, selon les interlocuteurs.
- Dimension temporelle : la préoccupation s'est intensifiée au cours des 18 derniers mois.
Conséquences pour l'orientation et l'offre de formation
Ces évolutions appellent une réponse à plusieurs niveaux : information ciblée des jeunes sur les perspectives réelles des métiers, intégration de compétences liées à l'IA dans les cursus et renforcement des services d'orientation pour traiter les inquiétudes au cas par cas. Le recours croissant à des outils automatisés dans la recherche scientifique et la production de travaux universitaires pose aussi des questions éthiques et pédagogiques qui doivent être clarifiées au sein des institutions d'enseignement supérieur.
| Indicateur | Valeur |
|---|---|
| Étudiants interrogés (enquête oct. 2025) | 3 801 |
| Ont envisagé de changer de filière | 47 % |
| Ont déjà changé de domaine d'études | 16 % |
Pour l'heure, les acteurs belges de l'orientation insistent sur la nécessité d'accompagner les jeunes dans une réflexion nuancée : distinguer les préoccupations légitimes liées aux transformations du marché du travail des craintes amplifiées par la nouveauté technologique. Les conseillers plaident pour un dialogue élargi entre établissements, entreprises et services d'orientation afin d'actualiser les informations sur les métiers et d'ajuster les contenus de formation lorsque cela s'avère pertinent.
Au-delà des statistiques américaines, la question reste ouverte : l'IA modifiera-t-elle durablement les choix d'orientation ou provoquera-t-elle surtout des ajustements ponctuels ? Les prochaines rentrées et les bilans d'inscription fourniront des éléments concrets pour répondre à cette interrogation, mais d'ores et déjà, l'impact de l'IA apparaît comme un élément incontournable du conseil en orientation et de la réflexion sur l'avenir des cursus.