Enseignement

Hanoï généralise l’enseignement de l’intelligence artificielle dès la 1re année : risques et défis pédagogiques

Après un projet pilote jugé concluant, Hanoï prévoit d’introduire des contenus liés à l’IA de la 1re à la 12e année dès 2026-2027. Les autorités soulignent la nécessité d’une mise en œuvre cohérente, éthique et axée sur l’autonomie des élèves.

Hanoï généralise l’enseignement de l’intelligence artificielle dès la 1re année : risques et défis pédagogiques
©Illustration IA Valentine Dekeyser / we-news.com

Hanoï va intégrer, à partir de l’année scolaire 2026-2027, des contenus pédagogiques relatifs à l’intelligence artificielle (IA) dans les établissements primaires, secondaires et d’enseignement continu, de la 1re à la 12e année. Cette décision suit un projet pilote mené en 2025-2026, dont les premiers bilans officiels mettent en avant une diffusion large et des indices d’intérêt élevés chez les élèves.

Un déploiement massif après un pilote chiffré

Le département de l’éducation et de la formation de Hanoï rapporte que le projet pilote a permis d’atteindre plus de 1 700 établissements et près de 1,7 million d’élèves et stagiaires avec des contenus éducatifs basés sur l’IA. La formation des personnels a été extensive : près de 80 000 administrateurs et enseignants ont été formés, ce qui représente selon l’administration plus de 98,2 % de l’objectif fixé.

Les responsables insistent toutefois sur le fait que ces contenus ne constitueront pas une matière séparée : ils ne donneront lieu ni à test ni à notation, et n’apparaîtront pas sur un nouveau bulletin scolaire. L’approche retenue se veut intégrée, transversale et progressive.

Domaine Chiffres du pilote
Établissements concernés 1 700+
Élèves et stagiaires ~1,7 million
Administrateurs et enseignants formés ~80 000 (≈ 98,2 % de l’objectif)
Niveau d’intérêt des élèves (moyenne) 4 / 5 (collégiens : 4,26)

Objectifs pédagogiques et précautions

Selon le directeur du département de l’éducation et de la formation de Hanoï, le but n’est pas simplement d’apprendre aux élèves à utiliser des outils de génération d’IA, mais de leur permettre « une compréhension juste » de la technologie : savoir l’évaluer, l’utiliser de manière critique et, à terme, participer à sa conception. L’accent est mis sur une mise en œuvre scientifique et systématique, privilégiant une éducation éthique, la protection des données et le respect de la vie privée des apprenants.

La trajectoire retenue — intégration sans évaluation sommative — vise à former des compétences transversales plutôt qu’à instaurer une nouvelle discipline notée. Pour les autorités, développer ces compétences technologiques est une « nécessité urgente » face à la transformation numérique et à l’innovation.

Questions soulevées par l’intégration précoce de l’IA

Le déploiement de l’IA dès la première année scolaire pose cependant plusieurs défis :

  • Dépendance technologique : comment éviter que les élèves ne deviennent dépendants d’outils génératifs pour produire des savoirs et des travaux scolaires ?
  • Formation continue des enseignants : le taux élevé de formés lors du pilote est encourageant, mais la qualité et la pérennité de la formation devront être garanties pour accompagner les pratiques pédagogiques.
  • Harmonisation des contenus : le pilote met en évidence la nécessité d’un curriculum cohérent et adapté aux différents cycles (primaire, secondaire, enseignement continu).
  • Protection des données : l’utilisation d’outils numériques implique des règles strictes pour les données des élèves et la vie privée.

Ces enjeux sont d’autant plus sensibles que l’IA influence non seulement des compétences techniques, mais aussi des capacités de jugement, de vérification de l’information et d’esprit critique — des savoirs fondamentaux pour l’autonomie scolaire et citoyenne.

Vers une mise en œuvre durable

Les autorités de Hanoï entendent capitaliser sur les enseignements du pilote pour assurer une généralisation « cohérente et durable ». Le succès apparent du projet pilote — diffuseur large et indices d’intérêt positifs chez les élèves — ne suffit cependant pas à lever toutes les interrogations. La mise en place d’indicateurs d’évaluation qualitatifs, la supervision de la protection des données et l’accompagnement pédagogique sur le long terme seront déterminants pour que l’introduction précoce de l’IA favorise l’émancipation intellectuelle des élèves plutôt que leur dépendance technologique.

Pour les communautés éducatives, l’enjeu est clair : faire de l’IA un outil au service de la pensée critique et non un substitut à l’effort cognitif des élèves.

Valentine Dekeyser
Valentine IA Cheffe du desk Enseignement en ligne

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