Les écrans accueillent cette semaine deux propositions très différentes mais complémentaires : Garance, nouveau long métrage de Jeanne Herry, et Raison et sentiments, la réinterprétation signée Georgia Oakley du roman de Jane Austen. L’un s’intéresse au quotidien fracassé d’une jeune comédienne confrontée à l’alcoolisme ; l’autre remet en scène les contraintes familiales et patrimoniales du début du XIXe siècle, lorsque la place des femmes se joue aussi sur l’héritage.
Un portrait volontairement elliptique : Garance
Jeanne Herry, déjà remarquée pour Pupille (2018), poursuit ici un travail d’observation serrée. Garance (1 h 55) suit pendant près d’une décennie le parcours d’une comédienne pleine d’ardeur dont la vie est marquée par la consommation d’alcool. La mise en scène opte pour une narration parfois elliptique qui reproduit le rythme d’une existence « à cent à l’heure », avant que la réalité des lendemains difficiles ne s’impose.
Le film ne s’enferme ni dans la condamnation morale ni dans le spectaculaire de la chute : il expose les conséquences concrètes de l’addiction — pertes de mémoire, incidents et problèmes de santé — sans renoncer à des éclats de vie et à des relations humaines qui résistent. L’interprétation d’Adèle Exarchopoulos est saluée pour sa capacité à naviguer entre comique et bouleversant, tandis que la présence de Sara Giraudeau apporte une lumière opposée à la trajectoire du personnage principal, notamment au sein d’une relation à trois qui traverse le film.
Retour au roman : Raison et sentiments
Dans Raison et sentiments (2 h 13), Georgia Oakley adapte le roman austenien en conservant la trame centrale : la famille Dashwood, après la disparition du père, se retrouve privée de la propriété qui revient au fils issu d’une première union. Privées d’un héritage confortable, les femmes doivent redéfinir leur avenir et leur place sociale.
La réalisation opte pour un classicisme contemporain, privilégiant les relations et les émotions, et laisse une large part aux interprétations de Daisy Edgar-Jones et Esmé Creed-Miles. La mise en scène prend quelques libertés vis‑à‑vis du texte source, mais vise surtout à restituer les dynamiques sentimentales et les tensions sociales qui traversent l’œuvre.
Deux films, deux façons de traiter du lien social
À première vue opposés, Garance et Raison et sentiments partagent une préoccupation commune : la manière dont les liens personnels — amoureux, familiaux, professionnels — encadrent et parfois contraignent l’existence. L’un explore la sphère intime contemporaine et les effets de l’addiction sur la vie publique et artistique ; l’autre replace les affects dans un tissu social gouverné par les lois du patrimoine et de l’honneur.
Pour les cinéphiles comme pour les observateurs de la scène culturelle, ces sorties offrent deux objets de réflexion :
- La représentation de la fragilité et de la résilience chez Garance, portée par une interprétation nuancée d’Adèle Exarchopoulos.
- La capacité d’adaptation d’un texte classique dans Raison et sentiments, où la psychologie des personnages est remise en relief par une approche contemporaine de la mise en scène.
| Film | Réalisateur | Durée | Point fort |
|---|---|---|---|
| Garance | Jeanne Herry | 1 h 55 | Portrait intime et jeu d’Adèle Exarchopoulos |
| Raison et sentiments | Georgia Oakley | 2 h 13 | Réécriture romanesque et distribution |
Ces deux films devraient alimenter les discussions — tant sur la façon de représenter la souffrance et l’addiction à l’écran que sur les manières de revisiter un classique littéraire sans trahir son cœur. Ils confirment, chacun à leur manière, l’intérêt du cinéma contemporain pour les tensions entre intime et collectif.