Les forêts canadiennes demeurent, en moyenne, un puits de carbone, mais la balance peut basculer au cours d’années marquées par des feux étendus, révèle un regard scientifique fondé sur des observations de terrain et des capteurs. C’est la conclusion centrale d’un chercheur de l’Université de Montréal, Oliver Sonnentag, qui a publié ses analyses dans la revue Nature Geoscience et gère un réseau de mesure dans les Territoires du Nord-Ouest.
Un équilibre menacé par les incendies
À l’échelle nationale, les forêts canadiennes absorbent plus de gaz à effet de serre qu’elles n’en émettent — elles constituent donc un puits de carbone. Mais, avertit le chercheur, certaines années « c’est presque le cas » que les émissions dues aux incendies égalent le carbone séquestré par la croissance forestière. Le pays a battu son record d’années d’incendies en 2023, puis a de nouveau dépassé ce record en 2025.
« À l’échelle du pays, les forêts canadiennes sont des puits de carbone », explique Oliver Sonnentag. « Mais quand il y a beaucoup d’incendies de forêt, leurs émissions sont presque équivalentes au carbone atmosphérique capturé par la croissance des forêts. »
Le constat a une portée politique et climatique : des épisodes d’incendies plus fréquents et plus intenses peuvent éroder la contribution naturelle des forêts à l’atténuation du changement climatique, et compliquer les bilans nationaux de gaz à effet de serre.
Pourquoi les forêts restent-elles un puits malgré le réchauffement ?
Sonnentag et ses collègues ont été surpris par la source principale de ce puits accru : ce n’est pas tant une stimulation de la photosynthèse par la chaleur qui explique l’absorption, mais plutôt une respiration réduite des végétaux et des sols. Concrètement, par temps plus chaud, l’activité microbienne diminue dans certaines conditions, ce qui réduit la libération de CO2 liée à la respiration des plantes et des microbes.
Le processus essentiel évoqué est le suivant :
- Photosynthèse : capture de CO2 par les végétaux pour produire de la biomasse.
- Respiration : consommation d'oxygène et émission de CO2 par les plantes et microbes.
- Le gain net en carbone dépend du différentiel entre ces deux flux.
Selon Sonnentag, ce différentiel a été favorable au piégeage du carbone parce que la respiration a diminué davantage que la photosynthèse n’a augmenté.
Mesures dans le Grand Nord et rôle de méthane
Le chercheur gère un vaste réseau de capteurs dans les Territoires du Nord-Ouest permettant de mesurer de façon précise les émissions naturelles de CO2 et de méthane. Ces données sont cruciales : elles offrent un portrait localisé et temporellement fin des flux de gaz — informations indispensables pour comprendre comment évoluent les puits et sources naturels dans un climat qui change.
| Élément | Observation |
|---|---|
| Puits national | Forêts globalement absorbeuses de carbone |
| Années extrêmes | 2023 et 2025 : records d’incendies dépassés |
| Mécanisme principal | Respiration réduite plutôt qu'augmentation marquée de la photosynthèse |
Ces mesures permettent aussi de distinguer CO2 et CH4, deux gaz aux origines et aux effets climatiques différents, et d’évaluer plus finement le rôle des écosystèmes dans le bilan climatique.
El Niño accentue les tensions
Le phénomène El Niño, qui modifie les conditions atmosphériques du Pacifique et peut accroître les vagues de chaleur au Canada, est appelé à amplifier ces mécanismes dans les prochaines années, selon le scientifique. L’association d’étés plus chauds et de périodes sèches augmente le risque d’incendies et peut modifier à la fois la photosynthèse et la respiration des écosystèmes.
Au total, ces travaux soulignent la dualité des forêts : elles sont une alliée précieuse dans la lutte contre le réchauffement, mais leur capacité à absorber le carbone reste vulnérable aux perturbations climatiques et aux feux. Pour les décideurs et les gestionnaires forestiers, cela signifie que préserver et restaurer les forêts doit aller de pair avec des stratégies pour réduire les incendies et surveiller les émissions à haute résolution.