Les formations menant aux métiers de l’enseignement connaissent une érosion significative des effectifs en Fédération Wallonie‑Bruxelles (FWB), alarment des responsables de hautes écoles. Selon des données communiquées par plusieurs établissements, la tendance se confirme : une baisse provoquée par la dégradation de l’image de la profession, l’allongement des études et des contraintes financières.
Des chiffres qui inquiètent
À la Haute École Albert Jacquard (HEAJ), le directeur du département pédagogique, Joachim Sosson, estime la diminution des inscriptions à environ 10 % au fil des dernières années. À l’Hénallux, la baisse est plus marquée : 25 % sur les trois dernières années. Sur l’ensemble de la Fédération Wallonie‑Bruxelles, la régression atteint 31 % sur la même période, selon les estimations citées par les établissements.
| Établissement | Variation des inscriptions | Période |
|---|---|---|
| HEAJ (département pédagogique) | -10 % | « les dernières années » |
| Hénallux | -25 % | 3 ans |
| Fédération Wallonie‑Bruxelles (global) | -31 % | 3 ans |
Ce recul intervient alors que le débat public sur l’école reste dominé par les réformes, les mouvements sociaux et les difficultés liées au Pacte pour un enseignement d’excellence. Les responsables pédagogiques soulignent que cette image — souvent réduite aux tensions — pèse sur les vocations.
Des causes identifiées, des conséquences redoutées
Pour Joachim Sosson, la conjonction de facteurs est claire : « ça ternit fort l’image du métier », dit‑il, expliquant que les réformes successives et les incertitudes professionnelles dissuadent des candidats potentiels. L’allongement des études et l’augmentation du minerval cette année s’ajoutent aux freins économiques, faisant hésiter familles et étudiants.
« Ça nous inquiète énormément », reconnaît Joachim Sosson.
Benjamin Colinet, directeur à l’Hénallux, partage l’analyse : malgré « tout ce que ce métier a de beau, de gai », l’actualité récente met surtout en lumière les difficultés et les tensions, créant un décalage entre la réalité du terrain et la perception publique.
Les responsables insistent aussi sur l’effet concret de cette désaffection : moins d’étudiants en formation signifie, à terme, moins d’enseignants disponibles devant les classes. Des projections évoquées dans les sources mentionnent une contraction attendue des effectifs enseignantiels — chiffre souvent cité : 2.383 enseignants en moins à l’horizon 2029 — qui renforcerait les tensions dans les établissements scolaires et la gestion des classes.
Ce qui est en jeu pour les écoles et les familles
La diminution des inscriptions ne concerne pas uniquement les hautes écoles. Elle touche l’ensemble du système éducatif : la disponibilité d’enseignants formés affecte la qualité de l’accompagnement des élèves, la possibilité de maintenir des filières ou des classes à petit effectif, et la capacité des écoles à mener des projets pédagogiques.
- Perte d’attractivité du métier d’enseignant liée à l’image publique et aux conditions de travail ;
- Freins financiers pour les étudiants (allongement des études, augmentation du minerval) ;
- Risque de pénurie d’enseignants à moyen terme avec des conséquences sur l’organisation scolaire et l’encadrement des élèves.
Les acteurs interrogés mettent en avant la nécessité d’actions coordonnées : valorisation du métier, clarification des parcours de formation, et mesures concrètes pour réduire la charge financière et administrative pesant sur les futurs enseignants. Ils appellent également à mieux communiquer sur les aspects positifs du métier afin de rééquilibrer le débat public.
À court terme, la rentrée qui approche pourrait accentuer ou inverser la tendance selon la façon dont seront perçues et gérées les réformes et les conditions de travail des enseignants. Les responsables de hautes écoles espèrent que la politique publique et les autorités de l’enseignement examineront rapidement les leviers permettant d’inverser la dérive pour garantir l’approvisionnement futur en personnels formés.