La complexité de l’organisation de l’enseignement en Fédération Wallonie‑Bruxelles est au cœur d’un débat renouvelé : faut‑il fusionner certains pouvoirs organisateurs pour réduire les coûts liés aux bâtiments et au fonctionnement des établissements scolaires ?
Un paysage scolaire morcelé
En Belgique francophone, l’offre scolaire se décline essentiellement en deux grands types : l’enseignement libre — qui comprend un volet confessionnel majoritairement catholique et un volet non confessionnel — et l’enseignement officiel, assuré par Wallonie‑Bruxelles Enseignement, les communes et les provinces. Chacun de ces types se subdivise encore en réseaux : par exemple, l’officiel compte l’« officiel subventionné » (écoles communales) et l’« officiel organisé » (athénées).
Cette diversité administrative s’accompagne d’une multiplication des pouvoirs organisateurs. Dans de petites communes, il n’est pas rare de trouver, côte à côte, une école libre et une école officielle, parfois séparées par quelques dizaines de mètres. Si cette proximité est appréciée pour la taille réduite des classes, elle pose la question du coût global du système.
Des bâtiments et un fonctionnement coûteux
Plusieurs acteurs soulignent que, au‑delà des rémunérations, ce sont les dépenses liées aux immeubles et au fonctionnement qui pèsent lourd dans les comptes. Les salaires des enseignants constituent certes la majeure partie des dépenses : 7,9 milliards d’euros, soit environ 80 % du budget de la Fédération Wallonie‑Bruxelles consacré à l’enseignement, mais les frais immobiliers et de fonctionnement sont identifiés comme des postes connexes importants.
Pour certains observateurs, une rationalisation administrative pourrait dégager des marges pour renforcer l’accompagnement des élèves. Jeanne Delaite, institutrice à la retraite, illustre le dilemme :
« Parfois, dans un village qui n’est déjà pas très grand, il y a deux écoles. Une libre et une officielle. C’est bien, ce sont des petites classes et des petits bâtiments. Mais ce qui coûte très cher, ce n’est pas le salaire des enseignants… ce sont les bâtiments et le fonctionnement. »
Dans cette optique, la fusion des pouvoirs organisateurs est présentée comme une voie possible pour réaliser des économies structurelles. Selon cette approche, des postes d’enseignants « supplémentaires » issus d’un regroupement pourraient être mobilisés pour du co‑enseignement ou de la remédiation, plutôt que d’être supprimés.
Des positions nuancées chez les acteurs
Les réactions des responsables institutionnels restent mesurées. André Grenier, administrateur général de Wallonie‑Bruxelles Enseignement, affirme que l’institution n’est pas à l’initiative d’une telle fusion, mais qu’elle se dit ouverte à toute mesure permettant de rationaliser les moyens de fonctionnement au bénéfice des élèves et des enseignants.
Du côté du SEGEC (Secrétariat Général de l’Enseignement Catholique), la prudence domine aussi. Alexandre Lodez, secrétaire général du SEGEC, évoque des chiffres concrets pour montrer l’impact financier à l’échelle locale : « Si je prends l’exemple de ma commune, cela ferait environ 500.000 € de plus au total », soulignant qu’un regroupement peut entraîner des redéploiements de ressources mais suscite des questions sur la gouvernance et l’identité des établissements.
Enjeux et conséquences possibles
Plusieurs aspects devront être pesés avant toute réforme :
- la préservation de la pluralité pédagogique et culturelle des réseaux ;
- l’impact sur l’emploi enseignant et les nominations ;
- les économies attendues sur les bâtiments et le fonctionnement ;
- la gouvernance locale, notamment le rôle des communes et provinces.
Un changement de cette ampleur impliquerait des décisions politiques et des arbitrages budgétaires importants, ainsi qu’une concertation avec les principaux acteurs : autorités organisatrices, personnels scolaires, parents et élèves. À ce stade, l’idée d’une fusion fait l’objet d’un débat ouvert mais sans consensus établi sur la nécessité ni sur les modalités d’une telle démarche.
| Réseau | Organisateurs principaux |
|---|---|
| Officiel | Wallonie‑Bruxelles Enseignement, communes, provinces |
| Libre | Organes privés (confessionnel et non confessionnel) |
Le débat rappelle que toute proposition de réforme devra articuler économies structurelles et qualité du service éducatif, en veillant à ne pas fragiliser les parcours des élèves ni la stabilité des équipes enseignantes.