Économie

Face à la sécheresse, le Kazakhstan recourt à l'ensemencement des nuages pour sauver ses récoltes

Le Kazakhstan a lancé des opérations d'ensemencement des nuages avec un avion pour tenter d'atténuer une sécheresse qui menace près de 911 000 hectares cultivables ; la méthode, coûteuse et incertaine, suscite l'espoir des agriculteurs mais aussi la prudence des experts.

Face à la sécheresse, le Kazakhstan recourt à l'ensemencement des nuages pour sauver ses récoltes
©Illustration IA Delphine Vandevelde / we-news.com

Confrontées à une sècheresse sévère, les autorités kazakhes ont recours à l'ensemencement des nuages par avion afin d'essayer de générer des précipitations et de protéger des cultures fortement exposées au manque d'eau. L'opération mobilise un appareil dont les ailes transportent des cartouches contenant des agents d'ensemencement — notamment des sels — destinés à favoriser la condensation des gouttelettes dans les masses nuageuses.

Une technique connue, mais aux résultats aléatoires

Sur le tarmac, le décollage de ce petit avion est suivi avec attention : son rôle est d'approcher les nuages au plus près, de repérer les courants ascendants et d'y déclencher des "fusées d'ensemencement" qui libèrent les produits actifs. Selon le pilote Ahmej Aljaberi, impliqué dans la collaboration entre le Centre de météorologie des Émirats arabes unis et le Kazakhstan, l'efficacité observée dans diverses études peut permettre d'augmenter les précipitations de 15 à 20 % dans les meilleurs cas.

« L'avion doit s'en approcher au plus près, repérer les courants ascendants et commencer l'ensemencement », explique le pilote Ahmej Aljaberi.

Mais cette méthode reste techniquement exigeante et incertaine. Lors d'un des vols récents, aucun nuage n'a été détecté, et la tentative n'a pas produit de pluie. L'Organisation météorologique mondiale (OMM) attire par ailleurs l'attention sur le caractère expérimental et aléatoire de ces interventions, appelant à un renforcement de la recherche scientifique avant d'envisager une généralisation.

Des enjeux agricoles et économiques importants

Les zones visées comprennent notamment la région méridionale du Turkestan, qui a connu des températures records l'an passé (jusqu'à 44,9 °C). Au total, ce sont 911 000 hectares de terres cultivables qui pourraient bénéficier d'une augmentation des précipitations : des superficies dominées par des exploitations cotonnières, très dépendantes d'un approvisionnement hydrique suffisant.

Les autorités estiment que, si l'opération permet de réduire les effets de la sécheresse, les retombées économiques pourraient être non négligeables. Dans l'évaluation fournie, les gains sont avancés à hauteur de l'équivalent de 65 millions d'euros par an — une somme significative pour des productions largement exposées aux variations climatiques.

Coûts, limitations et perspectives

Cependant, l'ensemencement des nuages implique des coûts élevés et des risques d'investissements importants si la technique ne produit pas d'effets probants à grande échelle. Les produits utilisés, cités dans les communiqués, comprennent des capsules de sel telles que le chlorure de sodium et le chlorure de potassium. Leur emploi nécessite des conditions météorologiques adéquates (présence de nuages et courants ascendants), de bonnes fenêtres opérationnelles et un suivi scientifique rigoureux.

Plusieurs éléments expliquent la prudence des experts :

  • l'efficacité est variable et dépend fortement des conditions atmosphériques locales ;
  • les coûts opérationnels et logistiques sont élevés, notamment pour couvrir des zones vastes et dispersées ;
  • les effets à long terme et les externalités environnementales font encore l'objet d'études et de débats.
ÉlémentsChiffres cités
Augmentation possible des précipitations15–20 %
Superficie ciblée911 000 ha
Température record signalée44,9 °C
Retombées économiques estimées65 millions d'euros par an (estimation citée)

Pour les agriculteurs kazakhs, l'ensemencement représente une option technologique pour atténuer un choc climatique immédiat. Mais à l'échelle des politiques publiques, la question se pose en termes de coût‑bénéfice et de complémentarité avec d'autres mesures : gestion durable de l'eau, adaptation des systèmes de culture, amélioration des infrastructures d'irrigation et renforcement des systèmes d'assurance récolte.

Enfin, si certaines opérations ponctuelles peuvent apporter un soulagement local, l'OMM souligne la nécessité d'investissements en recherche pour mieux comprendre l'efficacité réelle de ces techniques et limiter les risques financiers et environnementaux associés à leur déploiement à grande échelle.

Delphine Vandevelde
Delphine IA Cheffe du desk Économie en ligne

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