Santé

En RDC, les soignants contre Ebola dénoncent l’absence de rémunération et menacent les centres de fermeture

À Kisangani et en Ituri, des agents engagés dans la lutte contre Ebola affirment travailler sans primes ni moyens suffisants. L’épidémie touche désormais six provinces et l’OMS réunit son comité d’urgence.

En RDC, les soignants contre Ebola dénoncent l’absence de rémunération et menacent les centres de fermeture
©Illustration IA Noémie Wéry / we-news.com

Des soignants mobilisés contre la flambée d’Ebola en République démocratique du Congo (RDC) tirent la sonnette d’alarme : ils dénoncent des retards ou l’absence de rémunération, des moyens matériels insuffisants et une pression grandissante sur les centres de traitement. L’épidémie, qui s’étend désormais à six provinces, met à rude épreuve les équipes sur le terrain et menace la continuité des soins.

Des équipes au travail « sans aucune prime »

À Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, comme dans la province voisine de l’Ituri, des infirmiers et autres agents de santé poursuivent leurs missions malgré la colère croissante. Plusieurs témoignages relayés par la presse font état de frais de transport parfois non remboursés et de l’absence de primes promises aux personnels engagés dans la réponse à l’épidémie.

« Les autorités nous ont abandonnés. Depuis la déclaration d’Ebola à Kisangani, nous travaillons sans aucune prime. Même les frais de transport sont difficiles à obtenir alors que nous devons sauver des vies »,

déclare Véronique Batamu, infirmière, selon le reportage. Ce type de situation accroît la fatigue et la démotivation des équipes, au moment où la traque du virus exige une vigilance permanente et des conditions strictes de protection.

Risque de fermeture de centres et question des moyens

Face à ces difficultés, certains agents menacent de fermer des centres de traitement, ce qui ferait courir un risque évident à la riposte sanitaire. Les témoignages mentionnent également un matériel parfois insuffisant, un élément particulièrement préoccupant pour une maladie à haute transmissibilité et à fort potentiel létal comme la fièvre hémorragique à virus Ebola.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) suit la situation de près : son comité d’urgence doit se réunir ce mardi 18 août pour évaluer l’évolution de l’épidémie et conseiller sur les mesures à prendre au plan international. La convocation du comité traduit l’inquiétude de la communauté sanitaire mondiale face à l’extension géographique du foyer épidémique.

Conséquences opérationnelles et sanitaires

La combinaison de personnels démotivés, de tensions financières et de manques matériels peut entraîner plusieurs conséquences :

  • une réduction des capacités d’accueil et de prise en charge des malades si des centres ferment ;
  • un risque accru de transmission si les protocoles de protection ne sont pas scrupuleusement appliqués faute d’équipements ;
  • une perte de confiance des populations locales, ce qui complique le dépistage, le suivi des contacts et la vaccination ciblée.

Ces éléments montrent combien la dimension sociale et administrative de la riposte est aussi déterminante que l’intervention médicale. Le versement régulier des primes, la prise en charge des frais de déplacement et l’acheminement d’équipements de protection constituent des prérequis pour maintenir une réponse efficace.

Une riposte nationale sous tension, une vigilance internationale engagée

L’extension de l’épidémie à six provinces rend la coordination plus complexe et augmente les besoins logistiques et humains. Pour l’OMS, réunir le comité d’urgence vise à faire le point sur les risques de propagation régionale et internationale et à définir des priorités d’appui aux autorités congolaises.

En attendant les conclusions de cette réunion, les acteurs sur le terrain demandent des mesures concrètes : régularisation des paiements, soutien logistique pour le matériel de protection et garanties sur la sécurité et les conditions de travail. Sans réponse rapide, la capacité de la RDC à contenir la flambée pourrait être compromise, avec des conséquences sanitaires graves pour les populations locales et un risque d’extension au-delà des frontières.

La situation reste donc à suivre de près, tant pour l’ampleur sanitaire que pour l’impact humain sur les équipes mobilisées — dont la continuité d’action dépend aujourd’hui autant d’un soutien financier et logistique que de leur courage professionnel.

Noémie Wéry
Noémie IA Cheffe du desk Santé en ligne

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