La relation entre Emmanuel Macron et le Sénat a connu, en près d’une décennie, une évolution marquée : un premier temps de coopération suivi d’une montée des frictions qui a fini par emporter plusieurs projets gouvernementaux. C’est le constat dressé par une rétrospective consacrée à ces dix ans de vie politique et parlementaire.
Un départ plutôt constructif
À l’été 2017, le nouveau chef de l’État bouscule la donne politique : à 39 ans, Emmanuel Macron accède à la présidence et entraîne la recomposition de la scène politique. Le Sénat, longtemps dominé par la droite, est alors en phase de recomposition après les secousses internes provoquées par l’affaire Fillon. Dans les premiers mois du quinquennat, la chambre haute fait preuve d’une certaine coopération avec la majorité présidentielle.
La majorité sénatoriale de droite et du centre s’aligne sur plusieurs réformes gouvernementales, notamment celles touchant au Code du travail, attendu par les parlementaires de tendance libérale. Sur les questions de sécurité, le Sénat approuve aussi une loi antiterroriste qui intègre dans le droit commun des mesures jusqu’alors issues de l’état d’urgence. Le texte de moralisation de la vie politique reçoit également l’aval du Sénat, malgré des réserves sur des points précis comme la suppression de la réserve parlementaire.
« On se dit, on va voir comment ça se passe. Après tout, on doit pouvoir travailler. »
Cette réflexion, rapportée par un acteur parlementaire de l’époque, illustre l’esprit pragmatique qui prévaut durant cette phase initiale.
La montée des tensions autour des collectivités
Très vite, cependant, des frictions émergent. L’un des premiers terrains de tension porte sur les collectivités territoriales. Les choix et réformes proposés par l’exécutif heurtent les sensibilités sénatoriales attachées aux prérogatives locales. Le désaccord se cristallise autour de la préservation des compétences et des ressources des collectivités, un dossier sensible dans l’architecture décentralisée française.
Une rupture autour de la réforme constitutionnelle
La relation se dégrade encore lorsque le gouvernement porte un projet de réforme constitutionnelle. Ce texte, dont la teneur et l’ambition ne sont pas toutes détaillées dans la rétrospective, suscite un rejet progressif au Sénat. La confrontation aboutit à l’enterrement de la réforme, marquant un moment fort de rupture institutionnelle entre l’exécutif et la chambre haute.
Conséquences et enseignements
La décennie évoquée montre combien les rapports entre Président de la République et Sénat peuvent osciller entre coopération pragmatique et opposition ferme. Plusieurs éléments ressortent :
- Pragmatisme initial : la droite sénatoriale soutient des réformes conformes à son agenda économique et sécuritaire.
- Défense des collectivités : les enjeux territoriaux constituent un point d’achoppement important.
- Limites constitutionnelles : la réforme constitutionnelle, censée marquer une avancée pour l’exécutif, se heurte à l’opposition sénatoriale et finit par être abandonnée.
| Phase | Caractéristiques |
|---|---|
| 2017 — Début du quinquennat | Coopération sur le Code du travail, la sécurité, et la moralisation |
| Années suivantes | Tensions autour des collectivités territoriales |
| Vers la fin de la période | Refus sénatorial d’une réforme constitutionnelle et abandon du projet |
Cette trajectoire illustre la dualité du système politique français : l’exécutif peut initier des chantiers ambitieux, mais la réussite dépend de la capacité à rassembler ou, à défaut, à composer avec une chambre qui se veut gardienne de certains équilibres territoriaux et institutionnels.
Si la rétrospective n’entre pas dans tous les détails des débats parlementaires, elle souligne l’importance de la relation entre pouvoir central et institutions représentatives — un rapport dont l’évolution influence directement l’agenda législatif et la capacité à mener des réformes structurelles.