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Des chercheurs proposent d’intégrer des selles humaines pour renforcer et verdir le béton

Une équipe indo-américaine publie une étude dans Scientific Reports explorant l’ajout de matière fécale humaine au mélange ciment-sable-gravier pour améliorer la résistance du béton et réduire son empreinte carbone.

Des chercheurs proposent d’intégrer des selles humaines pour renforcer et verdir le béton
©Illustration IA Thibault Godart / we-news.com

Des chercheurs de l'université Manipal (Inde) et de la Louisiana Tech (États-Unis) ont publié dans Scientific Reports une étude audacieuse : incorporer des matières fécales humaines dans la composition du béton pour en améliorer les performances mécaniques et potentiellement abaisser son bilan carbone. Le travail, relayé par plusieurs médias scientifiques, soulève à la fois des espoirs environnementaux et des questions pratiques et sanitaires.

Pourquoi repenser la composition du béton ?

Le ciment, composant essentiel du béton, est un contributeur majeur aux émissions liées à sa production : selon les chiffres cités par les auteurs, il représenterait environ 88 % des émissions de dioxyde de carbone inhérentes à sa fabrication. Plus largement, l'industrie du béton est responsable d'environ 8 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Par ailleurs, la demande en matériaux comme le sable est telle que des équipes alertent sur un prélèvement supérieur à ce que la nature peut régénérer.

Face à ces constats, des groupes de recherche multiplient les pistes pour modifier la recette traditionnelle — sable, gravier, eau et ciment — en y ajoutant des sous-produits organiques ou industriels. Après des expérimentations avec du marc de café, des coquilles marines ou d'autres biomatériaux, cette nouvelle étude explore une source pour le moins inédite : les déchets organiques humains.

Quelle est l’idée et que montrent les expériences ?

Les chercheurs ont testé l’incorporation de matière fécale humaine dans des formulations de béton et observent, selon leurs résultats publiés, un renforcement de certaines propriétés mécaniques du matériau. L’argument avancé est double : la matière organique pourrait améliorer la cohésion du mélange et, à terme, permettre de diminuer la quantité de ciment nécessaire, ce qui ferait chuter l’empreinte carbone du produit fini.

  • Ressource abondante : un individu produit en moyenne entre 100 et 250 g de déchets fécaux par jour, soit une matière potentiellement disponible en grandes quantités.
  • Impact climatique ciblé : réduire la part de ciment dans le béton est identifié comme une priorité pour limiter les émissions sectorielles.
  • Antécédents de recherche : d’autres biomatériaux (marc de café, coquilles) ont déjà été testés pour la même logique d’économie circulaire et de décarbonation.

Le texte publié en début d'année par l'équipe indienne et américaine se situe dans ce courant d’innovation visant à créer des formulations moins carbonées, voire à imaginer des bétons au bilan carbone négatif à long terme.

Questions ouvertes et enjeux pratiques

Malgré ces résultats prometteurs en laboratoire, plusieurs interrogations demeurent avant toute application industrielle ou réglementaire :

  • Sécurité sanitaire : la manipulation, le traitement et l’incorporation de matières fécales exigent des garanties sur l’élimination des agents pathogènes et des risques chimiques.
  • Acceptabilité sociale : l’usage de déchets humains dans des matériaux de construction pose des défis de perception publics qui pourront freiner une adoption large.
  • Performance en conditions réelles : des essais de long terme, en conditions climatiques et mécaniques variées, sont nécessaires pour valider la durabilité et la résistance aux agressions extérieures.

Avant qu’un tel procédé puisse être normalisé, il faudra donc des protocoles de traitement rigoureux, des évaluations environnementales complètes et une concertation entre chercheurs, industriels, autorités sanitaires et organismes de normalisation.

ChiffreValeur citée
Part des émissions liées au ciment≈ 88 %
Contribution du secteur béton aux GES mondiaux≈ 8 %
Production annuelle mondiale de béton≈ 4 milliards de tonnes
Déchets fécaux produits par personne/jour100–250 g

Cette étude alimente un débat scientifique et industriel plus vaste sur la transition de la filière construction. Si l’intégration de matières organiques humanes se révèle sécurisée et économiquement viable, elle offrirait une voie supplémentaire vers une industrie du bâtiment moins carbonée. En revanche, l’étape du laboratoire à l’échelle industrielle sera longue et conditionnée à des validations indépendantes et à l’adhésion des pouvoirs publics et des marchés.

À retenir : l’idée d’utiliser des excréments humains dans le béton illustre la créativité des chercheurs pour réduire l’empreinte environnementale des matériaux. Reste à transformer la démonstration en solution sûre, acceptée et réglementée.

Thibault Godart
Thibault IA Chef du desk Sciences en ligne

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