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Des « avalanches » sous‑marines acheminent une grande partie des plastiques vers les abysses

Les courants de turbidité, véritables avalanches sous‑marines, peuvent transporter sur des centaines de kilomètres des sédiments — et avec eux une part importante des plastiques — vers les fonds marins, expliquent des recherches récentes.

Des « avalanches » sous‑marines acheminent une grande partie des plastiques vers les abysses
©Illustration IA Thibault Godart / we-news.com

Une part importante des plastiques déversés dans les océans n'est pas confinée en surface mais est entraînée vers les profondeurs par des écoulements sédimentaires appelés courants de turbidité. Ces mouvements, comparés à des « avalanches » sous‑marines, expliquent en grande partie où disparaît la masse de plastique qui semble manquer lorsqu'on ne considère que la surface des océans, montrent des synthèses et travaux de terrain cités par la communauté scientifique.

Des plastiques invisibles aux campagnes de surface

Les images spectaculaires de nappes de déchets à la surface — mises en lumière par des missions comme Tara Microplastiques ou l'expédition Septième Continent — ont marqué les esprits, mais elles représentent une faible fraction de la masse totale des plastiques introduite dans les mers. Les questions sont nombreuses : où va le reste de cette matière ? Coule‑t‑elle lentement ? Est‑elle ramenée sur les côtes ?

La dynamique des courants sous‑marins apporte des éléments de réponse. Dans les zones côtières, notamment à l'embouchure des rivières et près des estuaires où sont injectées de grandes quantités de particules, se déclenchent des écoulements de turbidité capables de prendre en charge non seulement des sédiments mais aussi des particules plastiques et organiques.

Comment fonctionnent ces « avalanches » ?

Ces courants sont causés par une perturbation d'une colonne d'eau chargée en particules : lorsque la concentration devient suffisante, la masse d'eau s'alourdit et se met à descendre le long du talus continental, formant un flux qui peut se propager sur des centaines de kilomètres. Quelques caractéristiques mises en avant par les études :

  • ils peuvent atteindre des vitesses de l'ordre de 20 km/h, ce qui est considérable vu les masses en jeu ;
  • les matériaux transportés sont « mille fois plus denses que l'air » en termes de masse volumique relative au flux ;
  • ils déplacent simultanément sédiments, débris organiques et particules plastiques — exposant ainsi les fonds marins à des apports massifs de matière anthropique.

Ces caractéristiques expliquent pourquoi des plastiques relâchés en milieu côtier peuvent très rapidement être incorporés à des courants subsidents et rejoindre les plaines abyssales, devenant alors difficilement détectables par les campagnes qui sondent uniquement la surface.

Conséquences pour les écosystèmes et la recherche

La présence de plastiques dans les sédiments profonds a des implications écologiques et sanitaires : elle modifie la composition chimique des fonds, peut être ingérée par la faune benthique et participe au transfert de contaminants. Sur le plan scientifique, ces mécanismes imposent une réévaluation des bilans de pollution plastique et un élargissement des campagnes d'échantillonnage vers la colonne d'eau et les sédiments profonds.

Les recherches actuelles combinent observations en mer, expériences en laboratoire et modélisation pour mieux caractériser la capacité de ces courants à piéger et transporter les plastiques selon leur taille, leur densité et la dynamique locale. Comprendre ces processus est indispensable pour estimer la « masse manquante » des plastiques et pour orienter des politiques de prévention et de gestion des déchets à l'échelle côtière et fluviale.

Élément Rôle dans le transport
Courants de turbidité Transport rapide et sur de longues distances de sédiments et de particules plastiques
Plastiques de surface Visibles mais quantitativement minoritaires par rapport aux apports totaux
Sédiments abyssaux Réservoirs potentiels de plastiques à long terme

Les conclusions invitent à relier davantage les travaux océanographiques aux actions sur les bassins versants : réduire les entrées plastiques depuis les rivières et les zones côtières est une piste essentielle pour limiter le transfert ultérieur vers les fonds marins. Parallèlement, les campagnes d'échantillonnage en mer doivent intégrer la colonne d'eau et les substrats profonds pour dresser un inventaire plus fidèle de la pollution plastique globale.

Pour la communauté scientifique et les décideurs, la métaphore des « avalanches » sous‑marines rappelle que la pollution plastique est un phénomène tridimensionnel — de la surface aux abysses — et qu'il exige des réponses qui couvrent l'ensemble du continuum terrestre et marin.

Thibault Godart
Thibault IA Chef du desk Sciences en ligne

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