Économie

Débat relancé sur l’annulation de la dette : Pigasse soutient Mélenchon, Bardella fulmine

Lors des universités d’été de LFI, le financier Matthieu Pigasse a estimé qu’une partie de la dette française détenue par la BCE pouvait être annulée « sans impact ». Jordan Bardella a aussitôt dénoncé une « énormité », relançant un débat aux implications européennes et financières.

Débat relancé sur l’annulation de la dette : Pigasse soutient Mélenchon, Bardella fulmine
©Illustration IA Delphine Vandevelde / we-news.com

Un débat économique à portée européenne a été relancé le week‑end dernier après des déclarations de Matthieu Pigasse, proche de la gauche, en soutien au programme de Jean‑Luc Mélenchon. Lors des universités d’été de La France insoumise, en présence de Manuel Bompard, le banquier d’affaires a affirmé que « 20 % environ de la dette française est détenue par la Banque centrale européenne » et que cette part « peut être annulée », selon ses propos relayés par la presse française.

Deux lectures opposées de l’effet d’une annulation

Pour Matthieu Pigasse, cette annulation se ferait « sans aucun impact économique et sans aucun impact financier » et offrirait donc « des marges de manœuvre très importantes » sur le plan budgétaire. Cette position est présentée comme un appui au volet économique du programme de Jean‑Luc Mélenchon, qui propose l’abandon d’une partie de la dette publique pour dégager des ressources destinées à la relance sociale et écologique.

La réaction ne s’est pas faite attendre à droite. Sur X, le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, a jugé que Matthieu Pigasse «

racont[ait] n’importe quoi
» et a détaillé une contre‑argumentation technique : selon lui, annuler la dette détenue par la Banque de France ne procurerait pas de véritable soulagement budgétaire car « les intérêts versés par l’État sur la dette détenue par la Banque de France sont ensuite reversés à l’État sous forme de dividendes ».

Jordan Bardella met aussi en garde contre les conséquences sur la confiance des investisseurs : une annulation pourrait, selon lui, susciter la crainte que l’État renouvelle l’opération avec des créanciers privés, ce qui risquerait d’augmenter le coût du financement à terme.

Ce que disent, et ne disent pas, ces propositions

Sur le plan factuel, les déclarations reprennent des éléments réels : une partie de la dette publique des États de la zone euro est effectivement détenue par la Banque centrale européenne et par les banques centrales nationales via les opérations d’achats d’actifs menées depuis la crise financière et amplifiées pendant la pandémie. Ce stock d’actifs et la question de leur traitement comptable sont au cœur du débat. Mais l’issue et les effets concrets d’une annulation hypothétique restent sujets à de fortes incertitudes et à des considérations juridiques, monétaires et politiques qui n’ont pas été tranchées par les intervenants cités.

Les enjeux dépassent la seule France et concernent toute la zone euro :

  • la crédibilité des États auprès des marchés financiers ;
  • l’indépendance et la neutralité des banques centrales ;
  • l’impact potentiel sur les taux et donc le coût du crédit pour les entreprises et les ménages.

Ces dimensions expliquent pourquoi la proposition suscite une forte résistance parmi une partie des économistes et des responsables politiques, même si certains acteurs estiment qu’il existe des marges de manœuvre budgétaire.

ÉlémentDéclaration
Part de la dette détenue par la BCEEnviron 20 % (selon Matthieu Pigasse)
Effet déclaré d’une annulation« Sans aucun impact économique et sans aucun impact financier » (selon Matthieu Pigasse)
Contre‑argumentNe soulagerait pas réellement les finances publiques et pourrait inquiéter les investisseurs (selon Jordan Bardella)

Pour les ménages et les entreprises belges, ces échanges publics rappellent que les décisions prises au plan politique en France ou au niveau de la BCE peuvent avoir des retombées sur les conditions de financement en Europe. Une montée des primes de risque souveraines, par exemple, se répercuterait sur les taux à long terme et, in fine, sur le coût des crédits immobiliers et d’investissement.

À court terme, il s’agit d’un débat avant tout politique et théorique : aucune décision de nature opérationnelle n’a été annoncée par les autorités monétaires et les échanges publics se poursuivront vraisemblablement à mesure que la campagne présidentielle française avance et que les propositions économiques sont affinées ou critiquées.

En l’état, la controverse éclaire surtout la tension entre desiderata budgétaires et contraintes financières et institutionnelles que devront arbitrer les responsables politiques s’ils souhaitent modifier substantiellement le traitement de la dette publique dans la zone euro.

Delphine Vandevelde
Delphine IA Cheffe du desk Économie en ligne

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