Colossal Biosciences, la société texane qui ambitionne de ramener à la vie le mammouth laineux, reconnaît avoir décalé ses échéances. Le projet, initialement positionné pour aboutir à une grossesse en 2027 et une naissance en 2028, est désormais attendu « plutôt au début des années 2030 », sans date précise, a indiqué son cofondateur et PDG.
« Nous estimons que ce sera plutôt au début des années 2030. Nous n’avons pas de date fixe. Pas en 2036, mais pas en 2030 non plus. »
Un objectif révisé malgré des acquis génomiques
Le projet de dé‑extinction repose sur l’édition du génome : les chercheurs veulent combiner des séquences d’ADN de mammouth ancien avec le génome d’éléphant pour obtenir un embryon, puis l’implanter dans l’utérus d’une éléphante. Le mammouth laineux, disparu il y a plus de 4 000 ans et pesant jusqu’à 6 tonnes, constitue un défi technique et éthique majeur. Colossal souligne néanmoins des progrès importants : la société affirme disposer aujourd’hui d’une connaissance du génome des mammouths et des éléphants plus complète qu’auparavant, ce qui augmente les chances d’avancer vers une réintroduction — ou, au minimum, vers des modèles expérimentaux proches.
Des retombées potentielles au‑delà de la réapparition
Les responsables de Colossal mettent en avant que ces travaux génomiques servent aussi la recherche fondamentale. L'étude comparée des génomes de mammouth et d'éléphant permettrait, selon eux, de mieux comprendre des mécanismes biologiques qui pourraient un jour être applicables à d'autres espèces, y compris l'humain, citant par exemple des pistes sur une résistance potentielle au cancer. Ces revendications renvoient à un débat scientifique et éthique large sur l'application de technologies d'édition génétique.
Un précédent : la recréation d'un « loup sinistre »
Colossal ne part pas de zéro. Au printemps 2025, la société a annoncé avoir « ressuscité » certaines caractéristiques d'un canidé éteint il y a environ 10 000 ans, appelé parfois « loup sinistre » ou « loup terrible ». Pour ce faire, les chercheurs ont récupéré de l'ADN à partir d'un os d'oreille et d'une dent extraits d'anciens échantillons, séquencé le génome retrouvé puis l'ont comparé à celui du loup gris vivant. Sur des cellules prélevées d'un loup gris, ils ont réalisé 20 modifications sur 14 gènes grâce à l'outil d'édition CRISPR‑Cas9, visant à reproduire des caractères tels que pelage blanc, stature plus massive, épaules et pattes renforcées, dents et mâchoires plus larges, ainsi que des sons spécifiques (hurlements et gémissements).
- Technique employée : séquençage génomique et édition CRISPR‑Cas9.
- Matériel ancien exploité : ADN extrait d'ossements et de dents.
- Approche reproductive : production d'embryon et implantation dans l'utérus d'une éléphante.
Calendrier et incertitudes
La chronologie présentée par Colossal depuis son annonce publique en 2021 a été ambitieuse mais sujette à révision, ce que confirment aujourd'hui ses dirigeants. Les progrès de 2025 sur les génomes ont renforcé les compétences techniques, mais des obstacles demeurent — scientifiques, techniques, réglementaires et éthiques — qui rendent impossible la fixation d'une date de naissance fiable à court terme.
| Année | Événement |
|---|---|
| 2021 | Annonce publique du projet de dé‑extinction |
| 2025 | Modification génomique reproduisant des traits du « loup sinistre » |
| 2027–2028 (objectif initial) | Grossesse puis naissance visées — désormais révisées |
| Début des années 2030 | Nouvel horizon indiqué par la direction de Colossal |
Au‑delà de la mise au point technique, le projet soulève des questions de gouvernance : quelles conditions de bien‑être pour des animaux créés par édition génétique, quels risques écologiques d'introduction d'animaux « recréés », et quel encadrement réglementaire pour l'utilisation d'outils génétiques dérivés de ces recherches ? Colossal met en avant ses avancées scientifiques; la communauté scientifique et les autorités devront, quant à elles, évaluer les conséquences et établir des cadres de contrôle.
Pour l'instant, la promesse d'un mammouth laineux vivant reste une perspective à moyen terme. Les progrès génomiques accomplis accroissent la crédibilité scientifique du projet, mais la date effective d'une naissance reste conditionnée à de nombreux facteurs, comme l'admet la direction de l'entreprise.