« Ça fait partie du sport » : trois mots qui, selon l'essayiste Patrick Roult, dissimulent une confusion dangereuse pour les jeunes pratiquants. S'appuyant sur une enquête réalisée par Sport Integrity Australia, l'auteur interroge la frontière entre les difficultés inhérentes à l'entraînement, les décisions prises par des responsables et les atteintes inacceptables relevant du pouvoir ou de la violence.
Des chiffres qui font réfléchir
Dans l'enquête citée, une proportion significative de jeunes estime qu'être placé dans un rôle pour lequel ils ne sont pas prêts « fait partie du sport ». Concrètement :
- 39 % des jeunes interrogés jugent normal d'être mis dans un rôle pour lequel ils ne se sentent pas préparés.
- 26 % pensent de même lorsqu'ils sont injustement écartés ou insuffisamment considérés.
| Situation | Part des jeunes (%) |
|---|---|
| Placés dans un rôle sans préparation | 39 |
| Écartés ou insuffisamment considérés | 26 |
Trois registres à distinguer
Pour Patrick Roult, il est essentiel de différencier clairement trois registres :
- les difficultés inhérentes à la pratique sportive, qui participent à l'apprentissage et à la progression ;
- les décisions des adultes — entraîneurs, dirigeants — qui peuvent être légitimes si elles servent la pratique et sont proportionnées ;
- les atteintes relevant du pouvoir ou de la violence, inacceptables sous couvert d'exigence sportive.
L'auteur souligne que l'appréciation de cette frontière varie en fonction de l'âge des jeunes, de la discipline pratiquée, du niveau et du degré de dépendance du sportif envers l'adulte responsable.
Vers des règles plus claires et une parole protégée
Les codes de conduite, bien qu'indispensables, ne suffisent pas, selon Roult, à définir ce qui constitue une pratique juste. Il propose que chaque fédération, club et entraîneur explicite ce qu'ils refusent de faire subir aux jeunes au nom du sport. Autrement dit : lister et rendre publiques les limites non négociables.
Par ailleurs, l'auteur plaide pour la mise à disposition d'un adulte extérieur à la relation d'autorité, afin que les jeunes puissent exprimer un doute — dire « je ne sais pas si c'est normal » — sans que leur parole soit immédiatement assimilée à une accusation. Ce principe vise à protéger la parole des jeunes et à permettre une écoute attentive plutôt qu'une réaction défensive.
Conséquences pour le mouvement sportif
À l'heure où les organisations sportives multiplient codes et chartes, l'appel à une clarification des pratiques force à repenser non seulement les textes mais aussi la culture du terrain. L'adaptation des règles aux réalités de l'âge, aux spécificités des disciplines et aux rapports de dépendance nécessite des outils pédagogiques, des procédures d'accueil de la parole et des mécanismes externes d'écoute.
La question posée par Roult est simple et lourde de conséquences : combien de comportements sont aujourd'hui tolérés au nom d'une norme implicite, et combien échappent à une évaluation objective faute de critères partagés ?
Le débat dépasse les frontières : si l'enquête citée est australienne, le constat interroge toutes les structures sportives — en Belgique comme ailleurs — sur leur capacité à protéger les jeunes tout en préservant l'exigence propre au sport.
« Ça fait partie du sport »
Le mouvement sportif est donc invité à transformer une formule de fatalisme en un enjeu de gouvernance : définir, communiquer et faire respecter ce qui ne doit jamais être infligé aux jeunes au nom de la performance ou de la tradition sportive.