L'économie sociale et solidaire (ESS) aborde la préparation du budget 2027 avec une vive inquiétude : selon une enquête réalisée entre avril et juin auprès de 767 responsables par le cabinet Verian pour l'Union des employeurs de l'ESS (UDES), 79 % des dirigeants considèrent la situation financière de leur structure comme le principal enjeu pour l'avenir.
Des finances au cœur des préoccupations
Ce sondage, rendu public lundi, met en évidence une hiérarchie claire des craintes au sein du secteur — qui regroupe des opérateurs intervenant dans le social, le médico-social, l'insertion, la petite enfance et la culture. L'accès aux financements et aux subventions est cité par 74 % des personnes interrogées, loin devant des préoccupations plus larges comme la situation économique générale (58 %), l'inflation (46 %) ou l'instabilité politique (32 %).
Les relations avec les collectivités arrivent au second plan des enjeux de réussite évoqués par les responsables (56 %), suivies des relations avec les bénéficiaires et clients (40 %), signe de la double dépendance financière et opérationnelle du secteur.
- 79 % citent la situation financière de leur structure comme principal enjeu
- 74 % sont préoccupés par l'accès aux financements et subventions
- 56 % pointent la qualité des relations avec les collectivités
Les conséquences redoutées du cadrage budgétaire
Ces préoccupations prennent une tournure plus urgente depuis l'annonce d'un « effort budgétaire » évalué à 54 milliards d'euros pour 2027, cité dans l'enquête à propos des déclarations du Premier ministre, Sébastien Lecornu. Le président de l'UDES, David Cluzeau, estime qu'« il n'y a à peu près aucun doute que les secteurs dans lesquels les acteurs de l'ESS sont des opérateurs vont être touchés », soulignant le risque d'une « France à deux vitesses ».
« L'engagement bénévole vient renforcer notre capacité à agir, mais ne compensera pas le désengagement dans les politiques publiques. » — David Cluzeau, président de l'UDES
Le secteur alerte sur plusieurs conséquences concrètes : réduction de l'offre de services, fragilisation des structures locales, et impacts sur l'emploi, notamment pour les parents qui pourraient renoncer à reprendre une activité faute de solutions de garde suffisantes après les cours, comme l'illustre le président de l'UDES.
| Préoccupation | Part des répondants |
|---|---|
| Situation financière de la structure | 79 % |
| Accès aux financements/subventions | 74 % |
| Relations avec les collectivités | 56 % |
| Situation économique générale | 58 % |
| Inflation | 46 % |
| Instabilité politique | 32 % |
Quels impacts pour les ménages et les collectivités ?
Les structures de l'ESS reposent, rappelle l'UDES, sur un triptyque : ressources issues de leur activité, engagement bénévole et financements publics. Si l'engagement citoyen compense partiellement, il ne suffit pas à absorber un retrait massif des financements publics. L'inquiétude porte aussi sur la chaîne de financement locale : les collectivités territoriales, potentiellement contraintes à des économies, subventionnent une part importante des associations et organismes du secteur. Une contraction de ces flux pourrait entraîner un « effet domino » pour les services rendus aux publics.
Pour les ménages, les risques sont concrets : moins de places en accueil de la petite enfance ou en accompagnement socio-professionnel, baisse de l'offre culturelle ou de services d'aide, et, en cascade, des obstacles au maintien dans l'emploi pour certains parents ou travailleurs fragilisés.
Face à ces risques, les dirigeants de l'ESS appellent à une prise en compte spécifique du secteur dans les arbitrages budgétaires, afin d'éviter une fragilisation durable d'acteurs qui jouent un rôle central dans la cohésion sociale et l'accès aux services de proximité.
Les chiffres de l'enquête et les déclarations du président de l'UDES mettent en lumière l'urgence d'un dialogue entre l'État, les collectivités et les employeurs de l'ESS pour identifier des pistes de soutenabilité financière et préserver les missions d'intérêt général.