Le Budget national 2026-2027 de l’île Maurice conserve la priorité donnée aux services publics — éducation, santé et protection sociale — tout en augmentant la voilure sur les grands projets d’infrastructures, le numérique, la diversification économique et l’« économie bleue ». Mais, selon le Policy Brief publié par l’équipe des Nations unies sur place, ces choix budgétaires exposent aussi des fragilités structurelles qui pourraient limiter l’effet des dépenses publiques à long terme.
Des vulnérabilités multiples pointées par l’ONU
Le diagnostic des experts de l’ONU identifie plusieurs risques qui pèsent sur la résilience du pays. Parmi eux figurent : dépendance alimentaire et énergétique, vieillissement de la population, faible investissement dans la recherche, pression sur les ressources en eau, recul de la biodiversité, inégalités persistantes, faible participation des femmes au marché du travail et la montée des maladies non transmissibles. Ces facteurs, lit-on, rendent plus délicate la traduction des montants budgétaires en gains concrets et durables pour la population.
Priorités budgétaires et tensions
Le document onusien examine le budget au prisme des Objectifs de développement durable (ODD) et du Multidimensional Vulnerability Index (MVI). Il note une double dynamique : d’un côté, le maintien d’un socle social important ; de l’autre, une augmentation des allocations destinées aux grands investissements visant à améliorer la connectivité et à diversifier l’économie mauricienne.
L’ODD 1, consacré à l’éradication de la pauvreté, reste le poste recevant la plus forte allocation. Toutefois, l’ONU observe que les dépenses liées à la réduction de la pauvreté, à la protection sociale et à la lutte contre les inégalités devraient se contracter progressivement. Cette diminution est imputée à plusieurs facteurs identifiés par l’équipe onusienne :
- la réforme des pensions ;
- la disparition progressive de certains programmes gérés centralement, notamment ceux liés à la CSG et au dispositif « Equal Chance » ;
- l’achèvement progressif d’investissements dans le logement social.
Le défi : convertir les investissements en résultats
Pour l’ONU, le véritable test pour Maurice sera désormais sa capacité à transformer les milliards investis en gains tangibles et durables. Autrement dit, il ne suffit pas d’augmenter les dépenses d’équipement ou de lancer des projets de diversification : il faut aussi veiller à ce que ces initiatives améliorent la sécurité alimentaire et énergétique, renforcent la recherche, protègent les ressources naturelles et favorisent l’inclusion sociale et l’emploi des femmes.
Conséquences pour les ménages et l’économie
Si la trajectoire budgétaire privilégie les infrastructures et l’économie numérique, la réduction attendue des dépenses directement ciblées sur la pauvreté et la protection sociale pourrait fragiliser certains ménages à court et moyen terme, avertit le rapport. De même, la faible progression des investissements en recherche et innovation peut limiter la capacité du pays à monter en gamme et à réduire sa dépendance à des importations alimentaires et énergétiques.
| Orientation budgétaire | Effets pointés par l’ONU |
|---|---|
| Renforcement des infrastructures, numérique, économie bleue | Amélioration de la connectivité; nécessite de convertir l’investissement en impacts sociaux et environnementaux |
| Maintien des dépenses en éducation, santé, protection sociale | Socle conservé mais allocations à la réduction de la pauvreté en recul |
En somme, le Policy Brief de l’équipe des Nations unies offre un verdict nuancé : le gouvernement mauricien a profité du budget 2026-2027 pour concilier protection sociale et investissements structurants, mais plusieurs enjeux structurels exigent une attention accrue si l’île veut transformer ces moyens en résultats durables et inclusifs.