La campagne présidentielle nigériane a officiellement démarré mercredi, cinq mois avant le scrutin de janvier, dans un pays confronté à une forte détérioration économique et à une recrudescence des violences. Avec quelque 240 millions d’habitants, le Nigeria traverse une période marquée par l’augmentation de la pauvreté, une inflation élevée et une sécurité précaire qui pèsent sur la vie quotidienne et sur les perspectives politiques nationales.
Un débat centré sur l’économie
L’économie est au cœur de la campagne. Selon des observateurs, c’est le thème qui touche l’ensemble des régions et qui a des répercussions directes sur la sécurité et le développement. Le président sortant, Bola Tinubu, âgé de 74 ans, brigue un second mandat après un premier quinquennat axé sur des réformes économiques ambitieuses.
« L'économie est le principal enjeu. C'est le seul sujet qui touche différentes régions du pays et qui continue d'avoir des répercussions sur les questions de sécurité et de développement. »
Parmi les mesures marquantes du gouvernement figurent la suppression d’une subvention sur les carburants, longtemps utilisée pour maintenir artificiellement bas les prix de l’essence. Si ces réformes ont été saluées par certains économistes et investisseurs, elles ont aussi provoqué une forte augmentation du coût de la vie pour les ménages.
Des chiffres qui pèsent
La politique de suppression des subventions et d’autres réformes ont contribué à une dépréciation du naira et à une flambée de l’inflation, qui a atteint un pic à 34%. Elle est toutefois retombée à 15,4% en juillet, selon les chiffres récents cités dans le dossier de campagne.
| Indicateur | Valeur | Année |
|---|---|---|
| Inflation (pic) | 34 % | (date non précisée) |
| Inflation (juillet) | 15,4 % | juillet 2026 |
| Taux de pauvreté | 61 % | 2025 |
| Taux de pauvreté | 40 % | 2019 |
La Banque mondiale estime que la part de la population vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 40 % en 2019 à 61 % en 2025. Ces évolutions ont un poids politique considérable: la dégradation du pouvoir d’achat et la montée de la précarité sont des ressorts majeurs du mécontentement populaire.
Une crise sécuritaire multidimensionnelle
Sur le plan sécuritaire, le Nigeria est confronté à une multiplicité de menaces: groupes jihadistes dans le nord-est, bandes de criminels armés (« bandits ») dans le nord et le centre, affrontements entre agriculteurs et éleveurs pour l’accès aux terres, et un mouvement séparatiste dans le sud-est. Les violences se sont intensifiées depuis 2024, selon les analystes, avec notamment une expansion du banditisme armé et une recrudescence des combats dans l’État de Borno, foyer de l’insurrection jihadiste.
Cette spirale sécuritaire alimente un cercle vicieux: insécurité et déstabilisation économique se renforcent mutuellement, compliquant la tâche des autorités pour rétablir la confiance et relancer la croissance inclusive.
Une opposition dispersée, un avantage possible pour l’exécutif
L’éclatement de l’opposition pourrait favoriser la réélection de M. Tinubu. Les lignes politiques demeurent fragmentées, et aucun consensus fort ne semble émerger pour proposer une alternative unifiée capable de capitaliser sur le mécontentement économique et sécuritaire. Dans ce contexte, la gestion des effets des réformes économiques et la promesse d’amélioration de la sécurité seront au centre du discours des candidats.
- Les réformes économiques de Tinubu, notamment la fin des subventions au carburant, ont stabilisé certains indicateurs macroéconomiques mais pesé sur le coût de la vie.
- La pauvreté a fortement augmenté entre 2019 et 2025, selon la Banque mondiale, fragilisant le tissu social.
- La dégradation de la sécurité dans plusieurs régions du pays complique la relance économique et constitue un défi majeur pour les candidats.
À cinq mois du scrutin, la campagne se jouera donc sur la capacité des candidats à proposer des réponses crédibles à la double crise économique et sécuritaire, et sur leur aptitude à convaincre des centaines de millions de Nigérians confrontés au quotidien aux effets de la récession, de l’inflation et de l’insécurité.