Au moins 24 travailleuses du sexe séropositives sont décédées au Kenya après avoir été privées d’antirétroviraux et d’autres services de prévention, selon une enquête de l’AFP relayée par la presse internationale. Ces décès interviennent dans le sillage de coupes brutales de l’aide humanitaire américaine annoncées début 2025, qui ont entraîné la fermeture de nombreuses cliniques dédiées aux prostituées.
Des services essentiels interrompus
Ces structures fournissaient un ensemble de prestations cruciales : remise de préservatifs, prophylaxie préexposition (PrEP) pour empêcher l’infection, et antirétroviraux permettant aux personnes séropositives de réduire leur charge virale au point de ne plus être contagieuses. Selon les organisations locales de travailleuses du sexe contactées par l’AFP, l’arrêt de ce soutien a privé de soins une part importante de cette population vulnérable.
Sur le plan bilatéral, les États-Unis restent toutefois un partenaire financier majeur : un accord de coopération sanitaire de cinq ans, signé en décembre entre Washington et Nairobi, porte sur 2,5 milliards de dollars, dont 1,6 milliard financés par les États-Unis et le reste par le Kenya. Mais ce « cadre de coopération » n’a, selon les acteurs de terrain, pas permis la réouverture des cliniques destinées aux prostituées.
Chiffres et risques
Les autorités kényanes estiment à 285 000 le nombre de travailleuses du sexe dans le pays, dont 27,5 % seraient séropositives. Les organisations et experts alertés par l’AFP craignent qu’un arrêt prolongé des traitements et des services de prévention provoque une nouvelle vague de contaminations.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Décès confirmés (parmi travailleuses du sexe) | Au moins 24 |
| Nombre estimé de travailleuses du sexe au Kenya | 285 000 |
| Prévalence estimée du VIH chez elles | 27,5 % |
| Organisations financées par les États‑Unis ayant arrêté certains services | 73 % (rapport amfAR, juillet 2026) |
| Montant du nouvel accord sanitaire US‑Kenya | 2,5 milliards $ (1,6 milliard financés par Washington) |
Un rapport de la Fondation pour la recherche sur le Sida (amfAR), publié en juillet 2026, indiquait par ailleurs que 73 % des organisations financées par les États‑Unis avaient définitivement mis fin à des services destinés aux « populations clés » — notamment travailleuses et travailleurs du sexe, communautés LGBT et consommateurs de drogues — ce qui, selon les spécialistes, accroît le risque d’une résurgence de l’épidémie.
Plusieurs experts interrogés craignent une future « catastrophe » au Kenya.
Conséquences et enjeux
La situation illustre la complexité des politiques d’aide internationale : même lorsque des fonds globaux sont mobilisés, des règles ou des orientations idéologiques peuvent empêcher la distribution effective de services ciblés, surtout envers des groupes stigmatisés. Les cliniques qui offraient une porte d’entrée vers le soin pour des populations marginalisées semblent n’avoir pas bénéficié des protections nécessaires pour maintenir leurs activités.
Sur le terrain, la coupure des antirétroviraux expose non seulement les personnes concernées à des risques de mortalité, mais compromet aussi les gains de santé publique acquis ces dernières années — en particulier l’objectif de rendre indemne la transmission par la suppression virale chez les personnes traitées.
- Interruption des traitements et des programmes de prévention pour des populations vulnérables.
- Risque d’une hausse des nouvelles infections et d’une perte des progrès en matière de contrôle du VIH.
- Tension entre financement global annoncé et restrictions liées aux conditions imposées aux ONG bénéficiaires.
La trajectoire exacte de l’épidémie dépendra des décisions politiques à venir : réouverture ou soutien ciblé aux cliniques spécialisées, ajustement des règles de financement international, et veille sanitaire renforcée. Pour l’heure, la succession de décès documentés et la fermeture des services dédiés constituent un signal d’alarme pour la communauté internationale et les autorités kényanes.
La situation devra être suivie de près par les acteurs humanitaires et les États partenaires, qui devront concilier engagements financiers et garanties d’accès effectif aux soins pour les populations les plus à risque.