Début novembre 2026, la sonde Hera de l’Agence spatiale européenne (ESA) doit atteindre le système Didymos–Dimorphos pour mesurer précisément les conséquences de l’impact de la mission américaine DART, qui avait percuté Dimorphos le 27 septembre 2022. Ces observations seront déterminantes pour évaluer la validité de la méthode dite d’« impact cinétique » comme moyen de dévier un astéroïde potentiellement dangereux.
Un pas de géant pour la « défense planétaire »
La collision ciblée réalisée par la NASA en 2022 avait pour but de modifier l’orbite de la petite lune Dimorphos. Hera a pour mission d’étudier pendant environ six mois les dégâts produits, mais aussi de mesurer des paramètres clés tels que la masse et le champ gravitationnel de Dimorphos. Ces données permettront de raffiner les modèles de transfert d’impulsion lors d’un impact et d’évaluer l’efficacité réelle de la technique.
« D’ici à 2035, pas moins de 11 sondes spatiales vont aller observer ces corps célestes », s’enthousiasme Patrick Michel, directeur de recherche au CNRS et spécialiste des astéroïdes.
Selon les scientifiques impliqués, nous entrons dans un véritable « âge d’or » de l’étude des astéroïdes. À la fois parce que des missions se multiplieront et parce que les missions actuelles permettent d’expérimenter des techniques concrètes de protection de la Terre face aux « géocroiseurs » — ces astéroïdes dont l’orbite croise celle de notre planète.
Du programme de sécurité de l’espace aux nouvelles missions
Le programme « sécurité de l’espace » de l’ESA, créé en 2019, a pour ambition d’évaluer les risques posés par ces objets et de concevoir des réponses techniques et opérationnelles. À la suite du Conseil ministériel de l’agence en novembre 2025, l’ESA a engagé un second projet de défense planétaire baptisé Ramses. Ce projet est développé en collaboration avec l’agence spatiale japonaise JAXA.
Hera fournira des mesures fines qu’il sera ensuite possible d’appliquer pour la conception et l’évaluation des futures interventions, dont Ramses. L’objectif stratégique est d’établir une chaîne robuste : détection, caractérisation, démonstration technologique et, si nécessaire, action.
Pourquoi ce travail est essentiel
Si la probabilité, à court terme, d’une chute catastrophique d’un grand astéroïde reste faible, l’étude de ces corps est une priorité pour plusieurs raisons :
- améliorer la connaissance des propriétés physiques des astéroïdes (structure, masse, porosité) ;
- valider des méthodes d’intervention (impact cinétique, autres options à l’étude) ;
- préparer des procédures internationales de réponse coordonnée en cas de menace identifiée.
Les missions en cours et programmées permettront aussi d’enrichir notre compréhension scientifique des systèmes solaires et de la composition des corps mineurs : roches, métaux, parfois glaces — des informations utiles pour la science fondamentale et pour d’éventuelles utilisations futures.
| Événement | Date |
|---|---|
| Impact DART (mission NASA) | 27 septembre 2022 |
| Arrivée prévue de Hera autour de Dimorphos | Début novembre 2026 |
| Lancement du programme Ramses (décision ministérielle) | Novembre 2025 |
Les autorités et la communauté scientifique insistent sur la nécessité d’un effort soutenu en matière d’instrumentation, d’observation et de modélisation. Les missions comme Hera et Ramses servent à la fois l’ambition scientifique et la sécurité collective : elles traduisent la volonté de l’Europe de disposer d’un savoir-faire autonome en matière de défense planétaire, en coopération étroite avec des partenaires internationaux comme la JAXA.
Sur le terrain, ces programmes déclenchent déjà des travaux complémentaires : campagnes d’observation depuis des télescopes terrestres, développement de modèles numériques et préparation d’instruments spécialisés. Les prochains mois, à l’approche de l’arrivée de Hera, seront décisifs pour confirmer si l’impact cinétique peut être maîtrisé et intégré dans un arsenal de réponses crédibles face à une menace future.