Un calendrier serré et des contrats stratégiques
L’Algérie a franchi une étape décisive dans l’exploitation du gisement de phosphate de Blad el Hadba en attribuant, le 12 août, des marchés importants à des groupes étrangers. La société publique Sonatrach et l’Algerian Fertilizer Company ont retenu le consortium chinois CHEC pour l’extension du port d’Annaba et l’italien Saipem pour la construction des installations de transformation et de production d’engrais sur les sites de Blad el Hadba (wilaya de Bir El Ater) et Oued El Kebrit (wilaya de Souk Ahras).
Des capacités massives programmées
Le projet se décline en plusieurs unités industrielles intégrées destinées à transformer le phosphate brut et à fabriquer des engrais. Les chiffres annoncés par les autorités algériennes sont significatifs :
- une capacité d’extraction de 5,5 millions de tonnes/an de phosphate brut;
- une capacité d’enrichissement de 3,2 millions de tonnes/an de phosphate concentré;
- pour le second complexe, une production prévue de 2,4 millions de tonnes/an d’engrais phosphatés et de 570 000 tonnes/an d’engrais azotés (urée).
Le plan inclut aussi la production préalable de produits intermédiaires indispensables à la chaîne d’approvisionnement des engrais : acide sulfurique, acide phosphorique et ammoniac.
| Installation | Capacité annoncée |
|---|---|
| Extraction phosphate brut (Blad el Hadba) | 5,5 Mt/an |
| Phosphate concentré | 3,2 Mt/an |
| Engrais phosphatés (complexe) | 2,4 Mt/an |
| Engrais azotés – Urée | 570 000 t/an |
Un mode d’exécution « EPC Fast Track » pour aller vite
Le contrat confié à Saipem a été attribué selon la formule dite « EPC Fast Track », une procédure visant à accélérer la mise en œuvre industrielle. Ce choix, précisent les autorités, implique des coûts généralement plus élevés mais traduit la volonté d’achever rapidement le projet et de lancer la production à court terme, avec une fenêtre d’entrée en production ciblée pour 2027.
Enjeux géopolitiques et économiques
Au-delà de la dimension industrielle, le développement du phosphate intégré de Blad el Hadba s’inscrit dans une stratégie algérienne de diversification économique et de préparation de l’après‑pétrole. Les autorités estiment pouvoir tirer parti d’un contexte international favorable, notamment des tensions autour du détroit d’Ormuz qui perturbent certains flux énergétiques et commerciaux, pour occuper une place de poids sur le marché mondial des engrais phosphatés.
Cette montée en puissance a déjà été présentée comme une menace directe pour le secteur marocain des engrais, qui constitue l’un des moteurs de l’économie marocaine. Du point de vue commercial, l’arrivée sur le marché d’un nouveau grand producteur intégré peut peser sur les parts de marché et sur les marges des fournisseurs établis, influer sur les prix internationaux et modifier les équilibres d’approvisionnement des acheteurs européens.
Conséquences possibles pour les agriculteurs et l’industrie
Si les ambitions algériennes se concrétisent, plusieurs conséquences sont à envisager pour les utilisateurs européens d’engrais, y compris en Belgique :
- une pression à la baisse sur certains segments de prix, selon l’offre mondiale disponible ;
- une recomposition des sources d’approvisionnement et des routes logistiques, avec un rôle accru des ports méditerranéens ;
- un enjeu de compétitivité pour les industries locales liées à la transformation ou à la distribution d’engrais.
À ce stade, les autorités algériennes ont posé les jalons d’un projet industriel d’envergure. La traduction effective de ces annonces en volumes exportables et en effets sur le marché international dépendra toutefois de la mise en route opérationnelle des unités, de la cadence de production atteinte et des choix commerciaux à venir.