La région d’Itasy, aux portes d’Antananarivo, voit ses terres cultivées s’appauvrir à grande vitesse : l’action conjuguée de pluies plus violentes et de pratiques culturales inadaptées entraîne le départ de la couche fertile et l’ensablement des surfaces en contrebas, avec des conséquences économiques immédiates pour les ménages paysans.
Perte de la couche arable et conséquences directes
Sur des parcelles aménagées en pente, l’eau ruisselle et emporte progressivement la partie la plus productive du sol. Selon un coordinateur d’ONG active dans le pays, la disparition des premiers centimètres de terre fertile signifie une perte majeure de fertilité : sous cette lame de terre arable, le sous‑sol devient dur et ne permet plus des productions satisfaisantes.
« Quand il n’y a plus cette partie arable, les 20 premiers centimètres du sol, toute la fertilité part avec ça. En dessous, on a un socle très dur, la texture ne permet plus d’avoir de bonnes productions. »
Pour les exploitants, le constat est brutal : certains terrains sont désormais recouverts de sable, rendant la culture impossible. Un paysan de la région rapporte que les trois quarts de ses parcelles ont été envahis, conduisant à cinq années sans récoltes de légumes et riz sur ces surfaces. Face à ces pertes, des familles ont été contraintes de déménager ou de chercher d’autres sources de revenus.
Des actions de replantation pour freiner l’érosion
Pour contenir le phénomène, un programme de restauration a permis l’installation de pépinières locales. Au total, 26 pépinières ont été créées afin de produire des plants adaptés à la stabilisation des sols. Parmi les essences produites figurent principalement des acacias, des pins et du café robusta ; ces espèces ont été sélectionnées pour leur capacité à ralentir le lessivage et à retenir la terre sur les pentes.
- Objectif : reconstituer la végétation pour réduire la vitesse d’écoulement de l’eau et limiter l’emport de la terre arable.
- Moyens : production locale de plants et reboisement ciblé des zones les plus dégradées.
- Limites : la restauration demande du temps et la reprise des cultures sur sols sévèrement compactés reste incertaine.
Impacts économiques et enjeux pour la sécurité alimentaire
La dégradation des sols dans une région agricole proche de la capitale se traduit par une baisse des rendements, donc par une diminution de revenus pour des familles déjà fragiles. À court terme, l’ensablement des rizières et la perte de parcelles potagères réduisent l’offre locale de produits alimentaires ; à plus long terme, la transformation durable des paysages agricoles nécessite des investissements et des pratiques agricoles durables.
| Indicateur | Valeur rapportée |
|---|---|
| Épaisseur de la couche arable perdue | 20 cm |
| Pépinières installées | 26 |
| Durée sans récolte signalée | 5 ans |
Ces chiffres soulignent l’ampleur du défi : la restauration des sols ne se limite pas à planter des arbres, elle implique une transformation des techniques culturales, une gestion de l’eau adaptée et un soutien aux communautés pour compenser la perte de revenus durant les phases de reconstruction des écosystèmes.
Pour les pouvoirs publics et les bailleurs, la situation à Itasy rappelle que l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques passe par des interventions intégrées — reboisement, formation aux pratiques agroécologiques, aménagements anti‑érosifs — afin de protéger non seulement l’environnement mais aussi la stabilité économique des exploitations familiales.
En l’absence d’efforts coordonnés et d’investissements suffisants, la dégradation des terres menace la production locale et accroît la vulnérabilité des populations rurales, avec des répercussions sur la sécurité alimentaire régionale.